Coupe du monde 1974 : la finale du football total
Absents des Mondiaux depuis 36 ans, les Pays-Bas de Rinus Michels et Johan Cruijff ont ébloui l'Allemagne de l'Ouest en 1974 avant de perdre la finale de Munich contre la RFA (2-1). Le plus célèbre des vice-champions du monde.
Sommaire
Le contexte
En 1974, l'Ajax vient de remporter trois Coupes des clubs champions d'affilée et Feyenoord la Coupe UEFA. Mais la sélection est loin d'être favorite : elle ne s'est qualifiée qu'à la différence de buts devant la Belgique, après deux 0-0 (un but belge refusé pour un hors-jeu discuté à Amsterdam en fin de match). La KNVB rappelle Rinus Michels, alors entraîneur du FC Barcelone, pour diriger l'équipe pendant le tournoi. Il y installe le football total autour de Johan Cruijff.
Onze type : Jongbloed – Suurbier, Rijsbergen, Haan, Krol – Jansen, Neeskens, Van Hanegem – Rep, Cruijff, Rensenbrink. Le gardien Jan Jongbloed, 33 ans, doit sa place à son aptitude à jouer loin de son but ; Arie Haan, milieu de formation, est replacé en défense centrale.
Le parcours match par match
| Date | Tour | Match | Score | Buteurs néerlandais | Lieu |
|---|---|---|---|---|---|
| 15 juin | Groupe 3 | Pays-Bas – Uruguay | 2-0 | Rep (2) | Hanovre |
| 19 juin | Groupe 3 | Pays-Bas – Suède | 0-0 | – | Dortmund |
| 23 juin | Groupe 3 | Pays-Bas – Bulgarie | 4-1 | Neeskens (2 pén.), Rep, De Jong | Dortmund |
| 26 juin | 2e tour, groupe A | Pays-Bas – Argentine | 4-0 | Cruijff (2), Krol, Rep | Gelsenkirchen |
| 30 juin | 2e tour, groupe A | Pays-Bas – RDA | 2-0 | Neeskens, Rensenbrink | Gelsenkirchen |
| 3 juillet | 2e tour, groupe A | Pays-Bas – Brésil | 2-0 | Neeskens, Cruijff | Dortmund |
| 7 juillet | Finale | RFA – Pays-Bas | 2-1 | Neeskens (pén.) | Munich |
Le but bulgare est un contre son camp de Ruud Krol. Le format de 1974 ne prévoyait ni quarts ni demi-finales : les deux vainqueurs des poules du deuxième tour se retrouvaient en finale. En battant le Brésil, tenant du titre, sous la pluie de Dortmund, Oranje s'offrait de fait une « demi-finale » gagnée.
Les grands moments
Le « Cruijff turn » contre la Suède
Le 19 juin à Dortmund, face au défenseur suédois Jan Olsson, Cruijff feint un centre puis ramène le ballon derrière sa jambe d'appui et part dans l'autre sens. Le geste, baptisé Cruijff turn, est enseigné depuis dans toutes les écoles de football.
Le récital contre l'Argentine
4-0 à Gelsenkirchen : la démonstration la plus aboutie du football total, avec un pressing qui étouffe l'adversaire et un doublé de Cruijff.
La finale de Munich
Le 7 juillet, à l'Olympiastadion, les Néerlandais engagent et enchaînent plus d'une dizaine de passes avant que Cruijff, lancé dans la surface, soit fauché par Uli Hoeness. Penalty transformé par Johan Neeskens à la 2e minute, sans qu'aucun Allemand n'ait touché le ballon. Mais Oranje, dit-on, veut « humilier » l'Allemagne plutôt que la tuer : Paul Breitner égalise sur penalty (25e) après une chute de Hölzenbein, et Gerd Müller donne la victoire à la RFA juste avant la pause (43e). Malgré la domination néerlandaise en seconde période, Sepp Maier ne cède plus.
Héritage
Cruijff est élu meilleur joueur du tournoi et Neeskens termine avec cinq buts. Cette finale perdue nourrit pour des décennies la rivalité avec le voisin allemand (voir Pays-Bas – Allemagne), soldée symboliquement à l'Euro 1988. Elle forge aussi l'image d'une équipe admirée mais « championne sans couronne », que la finale de 1978, sans Cruijff, viendra renforcer.
Les hommes clés
| Joueur | Club en 1974 | Rôle |
|---|---|---|
| Johan Cruijff | FC Barcelone | Capitaine, meneur et avant-centre mobile ; meilleur joueur du tournoi |
| Johan Neeskens | Ajax (FC Barcelone après le tournoi) | Milieu box-to-box, tireur de penalties, 5 buts |
| Johnny Rep | Ajax | Ailier droit, 4 buts |
| Rob Rensenbrink | Anderlecht | Ailier gauche, diminué en finale |
| Ruud Krol | Ajax | Latéral gauche offensif |
| Wim van Hanegem | Feyenoord | Milieu gauche, gaucher de génie |
| Wim Jansen, Wim Rijsbergen | Feyenoord | Récupérateur et défenseur central |
L'équipe repose sur un équilibre fragile entre joueurs de l'Ajax et de Feyenoord, rivaux acharnés en championnat (voir De Klassieker). Michels parvient à faire cohabiter les deux clans, et Van Hanegem, Rotterdamois au caractère entier, ne cache pas que la finale contre l'Allemagne avait pour lui une dimension personnelle, liée aux souvenirs de la guerre (voir Seconde Guerre mondiale).
Questions fréquentes
Qui a gagné la finale de la Coupe du monde 1974 ?
La RFA, 2-1 contre les Pays-Bas, le 7 juillet 1974 à Munich. Buts de Neeskens (pén., 2e) pour les Pays-Bas, Breitner (pén., 25e) et Müller (43e) pour l'Allemagne.
Qui était le sélectionneur des Pays-Bas en 1974 ?
Rinus Michels, entraîneur du FC Barcelone, appelé spécialement pour le tournoi, avec František Fadrhonc qui avait dirigé les qualifications.
Pourquoi parle-t-on de football total en 1974 ?
Parce que les Néerlandais pratiquaient un jeu où tous les joueurs de champ attaquent, défendent et permutent, avec un pressing collectif inédit à ce niveau.