Baruch Spinoza

Exclu de sa communauté à 23 ans, polisseur de lentilles et penseur radical de la liberté, Baruch Spinoza a écrit à La Haye et dans les environs de Leyde l'une des philosophies les plus audacieuses de l'histoire.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Une jeunesse dans la communauté juive d'Amsterdam
  2. Le herem de 1656
  3. Rijnsburg, Voorburg, La Haye
  4. Une philosophie de la liberté
  5. Héritage
  6. Où trouver ses traces aux Pays-Bas
  7. Questions fréquentes

Une jeunesse dans la communauté juive d'Amsterdam

Baruch (en portugais Bento) de Spinoza naît le 24 novembre 1632 à Amsterdam, dans le quartier juif proche de l'actuel Waterlooplein. Sa famille appartient à la communauté séfarade d'origine portugaise : des « marranes » convertis de force au catholicisme, revenus au judaïsme dans la tolérante République des Provinces-Unies. Son père, Michael, est un marchand importateur prospère.

Élève brillant de l'école talmudique Talmud Torah, il apprend l'hébreu, l'espagnol, le portugais, puis le latin auprès de l'ancien jésuite Franciscus van den Enden, qui l'initie aussi à Descartes et à la pensée politique. À la mort de son père en 1654, il reprend un temps l'entreprise familiale avec son frère, en difficulté.

Le herem de 1656

Le 27 juillet 1656, les dirigeants de la synagogue portugaise prononcent contre lui un herem (exclusion) d'une rare violence, sans en préciser les motifs ; il lui est reproché des « opinions et actes abominables ». Il nie probablement déjà l'immortalité de l'âme, le caractère révélé de la Loi et l'existence d'un Dieu personnel. Spinoza ne cherche pas à être réintégré : il latinise son prénom en Benedictus et gagne sa vie en polissant des lentilles optiques, activité qui le met en contact avec des savants comme Christiaan Huygens.

Rijnsburg, Voorburg, La Haye

Vers 1661, il s'installe à Rijnsburg, près de Leyde, foyer des Collégiants, protestants non dogmatiques. Il y rédige le Court traité et commence l'Éthique. En 1663, il publie sous son nom les Principes de la philosophie de Descartes, seul livre signé de son vivant. Il déménage la même année à Voorburg, aux portes de La Haye, puis en 1670 à La Haye, d'abord sur le Stille Veerkade puis au Paviljoensgracht, chez le peintre Hendrik van der Spyck.

Proche du parti républicain du Grand Pensionnaire Johan de Witt, il est bouleversé par le lynchage des frères De Witt à La Haye en 1672, lors de l'année du désastre, et aurait voulu afficher une pancarte « Ultimi barbarorum » (« les derniers des barbares ») sur les lieux, ce que son logeur l'empêcha de faire. En 1673, il refuse une chaire de philosophie à l'université de Heidelberg pour préserver sa liberté de pensée. Atteint d'une maladie pulmonaire, peut-être aggravée par la poussière de verre, il meurt le 21 février 1677, à 44 ans.

Une philosophie de la liberté

Le Traité théologico-politique (1670)

Publié anonymement avec une fausse adresse d'éditeur, ce traité applique à la Bible une lecture historique et critique : les Écritures enseignent l'obéissance et la charité, non des vérités philosophiques. Spinoza y défend la liberté de philosopher comme condition de la paix civile et de la piété. Le livre est interdit en 1674 par les États de Hollande et qualifié par ses adversaires de « livre forgé en enfer ».

L'Éthique (1677)

Son chef-d'œuvre, rédigé « selon l'ordre géométrique » (définitions, axiomes, propositions, démonstrations), identifie Dieu à la Nature (Deus sive Natura) : une substance unique et infinie, dont tout découle nécessairement. Il n'y a ni libre arbitre ni finalité cachée ; la liberté consiste à comprendre les causes qui nous déterminent. L'ouvrage analyse les affects (joie, tristesse, désir) et montre comment la connaissance mène à la « béatitude ». Jugé trop dangereux pour être publié de son vivant, il paraît dans les Opera posthuma fin 1677, édités par ses amis.

ŒuvreDateStatut
Principes de la philosophie de Descartes1663Publié sous son nom
Traité théologico-politique1670Anonyme, interdit en 1674
Éthique1677Posthume
Traité de la réforme de l'entendement1677Posthume, inachevé
Traité politique1677Posthume, inachevé

Héritage

Longtemps synonyme d'athéisme, Spinoza est redécouvert par les Lumières puis le romantisme allemand (Lessing, Goethe, Hegel, pour qui « on est spinoziste ou on n'est pas philosophe »). Einstein déclarait croire « au Dieu de Spinoza ». Il est considéré comme l'un des fondateurs de la critique biblique, de la démocratie libérale et de la laïcité moderne, et sa pensée s'inscrit dans le climat intellectuel du Siècle d'or, aux côtés de Grotius et de Descartes, qui vécut lui aussi aux Pays-Bas. En 2008, Amsterdam lui a élevé une statue par Nicolas Dings, près de l'hôtel de ville-opéra (Stopera).

Où trouver ses traces aux Pays-Bas

  • Rijnsburg : le Spinozahuis, petite maison où il vécut de 1661 à 1663, transformée en musée en 1899 ; on y voit une reconstitution de sa bibliothèque et de son atelier de polissage.
  • La Haye : sa dernière maison, au Paviljoensgracht 72-74, abrite la Spinozahuis Den Haag ; sa statue (1880) se dresse sur le Paviljoensgracht ; une pierre commémorative marque sa sépulture dans le cimetière de la Nieuwe Kerk.
  • Amsterdam : la statue de 2008 au bord du Zwanenburgwal, à deux pas de son quartier natal et de la synagogue portugaise (1675).

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Questions fréquentes

Pourquoi Spinoza a-t-il été exclu de la communauté juive ?

Le texte du herem de 1656 ne précise pas ses « hérésies », mais ses positions ultérieures (Dieu identifié à la Nature, critique de la révélation et de l'immortalité de l'âme) en donnent une idée. Le herem n'a jamais été formellement levé.

Spinoza était-il athée ?

Ses contemporains l'en accusaient. Lui-même parle constamment de Dieu, mais d'un Dieu impersonnel identique à la Nature, sans volonté ni providence : on parle de panthéisme ou de naturalisme.

Où est enterré Spinoza ?

Dans le cimetière de la Nieuwe Kerk de La Haye, sur le Spui. Sa tombe exacte n'est pas connue ; une pierre commémorative y a été posée en 1927.

Spinoza était-il vraiment polisseur de lentilles ?

Oui : il polissait des lentilles pour microscopes et télescopes, avec une réputation d'excellence. C'était un gagne-pain, mais aussi un intérêt scientifique pour l'optique.