Antoni van Leeuwenhoek

Simple drapier de Delft sans formation universitaire, Antoni van Leeuwenhoek a construit des microscopes d’une puissance inégalée et fut le premier à observer bactéries, protozoaires et spermatozoïdes.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Un marchand de Delft
  2. Des microscopes hors normes
  3. Les « animalcules » et la Royal Society
  4. Héritage scientifique
  5. Où voir ses traces aux Pays-Bas
  6. Questions fréquentes

Un marchand de Delft

Antoni van Leeuwenhoek (prononcer à peu près « lé-ou-ène-houk ») naît le 24 octobre 1632 à Delft, dans une famille de vanniers et de brasseurs. Après un apprentissage chez un marchand de tissus d’Amsterdam, il revient à Delft vers 1654 et y ouvre un commerce de draps et de mercerie. Il occupera aussi plusieurs charges municipales (huissier des échevins, géomètre, jaugeur de vins), qui lui assurent un revenu stable toute sa vie.

Il ne parle ni latin ni anglais, n’a jamais fréquenté l’université et n’a quasiment jamais quitté la Hollande. C’est pourtant ce marchand autodidacte qui va ouvrir à l’humanité le monde invisible des micro-organismes. Il est le contemporain exact de Johannes Vermeer, né à Delft la même année et baptisé la même semaine ; Leeuwenhoek sera d’ailleurs nommé curateur de la succession du peintre en 1676.

Des microscopes hors normes

Les drapiers utilisaient des loupes pour contrôler la trame des tissus. Leeuwenhoek pousse cette technique à l’extrême : il fabrique de minuscules lentilles sphériques, montées entre deux plaques de laiton ou d’argent, l’objet étant fixé sur une pointe réglable par des vis. Ces microscopes simples, à une seule lentille, tiennent dans la paume. Les meilleurs exemplaires conservés grossissent environ 270 fois, bien plus que les microscopes composés de son époque, comme celui de Robert Hooke.

Il en construit plus de 500 au cours de sa vie, mais garde jalousement ses méthodes de fabrication et d’éclairage. Une dizaine seulement subsistent aujourd’hui.

Les « animalcules » et la Royal Society

En 1673, le médecin et anatomiste delftois Reinier de Graaf recommande Leeuwenhoek à la Royal Society de Londres. Commence alors une correspondance de cinquante ans : environ 190 lettres en néerlandais, traduites et publiées dans les Philosophical Transactions.

  • 1674 : il décrit des organismes unicellulaires dans l’eau d’un lac proche de Delft (les futurs protistes, dont des algues du genre Spirogyra).
  • 1676 : sa lettre sur les « animalcules » observés dans de l’eau de poivre contient la première description de bactéries. Sceptique, la Royal Society envoie des témoins vérifier ; Robert Hooke confirme ses observations en 1677.
  • 1677 : il décrit les spermatozoïdes, ce qui alimente le débat sur la génération.
  • 1683 : il observe et dessine des bactéries prélevées dans la plaque dentaire, la sienne et celle de vieillards n’ayant jamais brossé leurs dents.
  • Il décrit aussi les globules rouges, la circulation sanguine dans les capillaires, la structure des muscles striés et le cycle de vie de puces, fourmis et charançons — contribuant à réfuter la théorie de la génération spontanée.

Élu membre de la Royal Society en 1680, il devient une célébrité : le tsar Pierre le Grand lui rend visite à Delft en 1698, de même que de nombreux savants et princes curieux de regarder dans ses lentilles.

Héritage scientifique

Leeuwenhoek est considéré comme le père de la microbiologie. Ses observations, faute de cadre théorique, resteront sans véritable suite pendant près de deux siècles, jusqu’aux travaux de Pasteur et Koch qui établiront le rôle des microbes dans les maladies. Sa méthode — observation minutieuse, répétée, mesurée (il compare la taille des organismes à un grain de sable ou à un œil de pou) et documentée par des dessinateurs — fait de lui un modèle d’empirisme.

Il appartient avec Christiaan Huygens à la génération qui fait des Provinces-Unies un foyer scientifique majeur du Siècle d’or, à côté du foyer universitaire de Leyde. L’université technique de Delft (TU Delft) entretient sa mémoire, tout comme de nombreux prix scientifiques, dont la médaille Leeuwenhoek de l’Académie royale néerlandaise des arts et des sciences.

Il meurt le 26 août 1723 à 90 ans, à Delft, en dictant encore des lettres à la Royal Society, et repose dans l’Oude Kerk de la ville.

Où voir ses traces aux Pays-Bas

  • Oude Kerk de Delft : sa pierre tombale et un monument funéraire. Vermeer est enterré dans la même église.
  • Rijksmuseum Boerhaave à Leyde : le musée national d’histoire des sciences et de la médecine conserve plusieurs microscopes originaux de Leeuwenhoek.
  • Delft : le centre historique, ses canaux et la place du Markt, ainsi que la faïence de Delft, évoquent la ville de son époque.
  • Micropia à Amsterdam : musée consacré aux micro-organismes, qui lui rend hommage.

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Questions fréquentes

Leeuwenhoek a-t-il inventé le microscope ?

Non. Des microscopes composés existaient depuis la fin du XVIe siècle. Leeuwenhoek a fabriqué des microscopes simples, à une lentille, bien plus puissants, et a été le premier à observer les micro-organismes.

Qu’a découvert Leeuwenhoek ?

Les bactéries (1676), les protozoaires, les spermatozoïdes (1677), et il a décrit les globules rouges et les capillaires sanguins.

Où voir les microscopes de Leeuwenhoek ?

Au Rijksmuseum Boerhaave de Leyde, qui en possède plusieurs exemplaires originaux. Quelques autres sont dispersés dans des collections européennes.

Leeuwenhoek et Vermeer se connaissaient-ils ?

Ils sont nés à Delft la même année, 1632, et Leeuwenhoek a été désigné curateur de la succession de Vermeer après sa mort. L’hypothèse selon laquelle il aurait servi de modèle à L’Astronome ou Le Géographe reste en revanche non prouvée.