Les Pays-Bas et la construction européenne
Pays fondateur des Communautés européennes, les Pays-Bas ont été à la fois moteurs du marché commun et défenseurs vigilants de leur souveraineté. Le traité qui a créé l'Union européenne porte le nom d'une de leurs villes : Maastricht.
Sommaire
Le Benelux, laboratoire de l'intégration
La leçon de 1940 est claire pour les Néerlandais : la neutralité n'a pas protégé le pays de l'invasion (voir Seconde Guerre mondiale). Dès l'exil, les gouvernements belge, luxembourgeois et néerlandais réfugiés à Londres signent, le 5 septembre 1944, une convention douanière qui entre en vigueur le 1er janvier 1948 : le Benelux supprime les droits de douane entre les trois pays et adopte un tarif extérieur commun. Le traité d'union économique Benelux suit en 1958. Cette expérience servira de modèle au marché commun européen, et les trois pays agiront souvent de concert dans les négociations.
Les Pays-Bas rompent aussi avec la neutralité sur le plan militaire : ils signent le pacte de Bruxelles (1948) et sont membres fondateurs de l'OTAN en avril 1949. En mai 1948, la Ridderzaal de La Haye accueille le congrès de La Haye, présidé par Winston Churchill, qui lance le Mouvement européen et prépare la création du Conseil de l'Europe.
Pays fondateur des Communautés
| Date | Étape | Rôle néerlandais |
|---|---|---|
| 18 avril 1951 | Traité de Paris (CECA) | Les Pays-Bas obtiennent la création d'un Conseil des ministres pour encadrer la Haute Autorité |
| 1952-1955 | Plan Beyen | Le ministre des Affaires étrangères Johan Willem Beyen propose un marché commun général, relancé à Messine (1955) |
| 25 mars 1957 | Traités de Rome (CEE, Euratom) | Signés par Joseph Luns et Hans Linthorst Homan |
| 1958-1972 | Politique agricole commune | Conçue par le commissaire néerlandais Sicco Mansholt, président de la Commission en 1972-1973 |
| 1961-1963 | Plan Fouchet | Les Pays-Bas bloquent le projet gaulliste d'union politique intergouvernementale |
| 14 juin 1985 | Accords de Schengen | Signés par les pays du Benelux, la France et la RFA |
| 7 février 1992 | Traité de Maastricht | Négocié sous présidence néerlandaise (second semestre 1991) |
| 2 octobre 1997 | Traité d'Amsterdam | Conclu sous présidence néerlandaise |
| 1er janvier 1999 | Euro | Wim Duisenberg, premier président de la Banque centrale européenne (1998-2003) |
| 1er juin 2005 | Référendum | Rejet du traité constitutionnel européen à 61,5 % |
La ligne néerlandaise est constante : un marché ouvert et des institutions supranationales fortes (Commission, Cour de justice), qui protègent les petits États contre la domination des grands, et un lien atlantique solide. C'est pourquoi La Haye soutient l'adhésion du Royaume-Uni contre le veto du général de Gaulle dans les années 1960. Les relations avec Paris, parfois rugueuses, sont détaillées dans notre page relations France – Pays-Bas.
Le traité de Maastricht
Signé le 7 février 1992 dans le bâtiment du gouvernement provincial du Limbourg, sur une île de la Meuse à Maastricht, le traité sur l'Union européenne crée l'Union, la citoyenneté européenne, la politique étrangère et de sécurité commune et prévoit l'Union économique et monétaire. La présidence néerlandaise avait d'abord proposé un projet plus fédéral, rejeté par la majorité des partenaires en septembre 1991 (« lundi noir » de la diplomatie néerlandaise), avant de conduire le compromis final en décembre 1991. Le choix de Maastricht, ville la plus européenne du pays, enclavée entre Belgique et Allemagne, n'était pas un hasard.
Du consensus au doute
Longtemps parmi les plus europhiles des fondateurs, les Néerlandais deviennent plus critiques dans les années 2000 : contribution nette au budget jugée trop élevée, passage à l'euro perçu comme une hausse des prix, élargissement rapide. Le 1er juin 2005, trois jours après la France, ils rejettent le traité constitutionnel par 61,5 % des voix, lors du premier référendum national de l'histoire du pays. En avril 2016, un référendum consultatif rejette également l'accord d'association entre l'UE et l'Ukraine. Les Pays-Bas font aussi partie des États « frugaux » attachés à la discipline budgétaire.
Le pays reste néanmoins au cœur de l'Union : son économie ouverte, avec le port de Rotterdam, « porte de l'Europe », dépend du marché unique (voir commerce extérieur). Des Néerlandais ont occupé des postes clés : Jeroen Dijsselbloem à la présidence de l'Eurogroupe (2013-2018), Frans Timmermans comme premier vice-président de la Commission (2014-2023), et Mark Rutte, Premier ministre de 2010 à 2024, devenu secrétaire général de l'OTAN le 1er octobre 2024. La Haye accueille Europol et Eurojust, et Amsterdam l'Agence européenne des médicaments, relocalisée depuis Londres en 2019 après le Brexit.
Pour le fonctionnement institutionnel national, voir le système politique et les élections, dont les européennes.
Carte
Chargement de la carte…
Questions fréquentes
Les Pays-Bas sont-ils un pays fondateur de l'Union européenne ?
Oui. Ils font partie des six fondateurs de la CECA en 1951 et de la CEE en 1957, avec la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, la Belgique et le Luxembourg.
Pourquoi le traité de Maastricht porte-t-il ce nom ?
Il a été conclu en décembre 1991 et signé en février 1992 à Maastricht, sous la présidence néerlandaise du Conseil des Communautés européennes. Il crée l'Union européenne et prépare l'euro.
Qu'est-ce que le Benelux ?
L'union entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, née d'une convention douanière de 1944. Devenue union économique en 1958, elle existe toujours sous le nom d'Union Benelux, avec un secrétariat à Bruxelles.
Les Néerlandais ont-ils voté contre la Constitution européenne ?
Oui, le 1er juin 2005, à 61,5 % des suffrages exprimés, avec une participation d'environ 63 %. Le traité a ensuite été remplacé par le traité de Lisbonne, ratifié par voie parlementaire.