Les Pays-Bas pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918)
Coincés entre l'Allemagne, la Belgique occupée et la mer du Nord tenue par la Royal Navy, les Pays-Bas restent neutres pendant toute la Grande Guerre. Une neutralité armée, coûteuse et fragile, marquée par l'afflux de réfugiés belges, les pénuries, la contrebande et l'asile accordé à l'empereur Guillaume II.
Sommaire
Une neutralité choisie et armée
Depuis 1839, les Pays-Bas pratiquent une politique de stricte neutralité. Au déclenchement de la guerre, le gouvernement libéral de Pieter Cort van der Linden (1913-1918) décrète la mobilisation générale le 31 juillet 1914. Environ 200 000 hommes sont placés sous les ordres du général Cornelis Snijders et resteront sous les armes pendant plus de quatre ans, gardant les frontières, les ponts et les lignes d'eau, dont la Nouvelle ligne d'eau hollandaise (voir lignes de défense d'Amsterdam et de Hollande). La reine Wilhelmine, très attachée à l'armée, multiplie les inspections.
Pourquoi l'Allemagne n'envahit-elle pas les Pays-Bas comme la Belgique ? Le plan allemand avait été modifié pour épargner le territoire néerlandais, utile comme « trachée » commerciale par laquelle l'Allemagne espérait continuer à importer malgré le blocus britannique. Le petit voisin neutre servait les intérêts des deux camps.
L'afflux des réfugiés belges
La chute d'Anvers, début octobre 1914, provoque un exode massif : près d'un million de Belges franchissent la frontière en quelques jours, pour un pays de six millions d'habitants. La plupart rentrent dans les semaines suivantes, mais environ 100 000 restent pendant toute la guerre. Le gouvernement ouvre des camps (vluchtoorden) à Nunspeet, Ede, Uden et Gouda, tandis que des milliers de familles accueillent des réfugiés.
Des soldats des deux camps qui passent la frontière sont internés, comme l'exige le droit de la neutralité : quelque 1 500 marins britanniques de la Royal Naval Division, repliés d'Anvers, passent la guerre dans un camp de Groningue surnommé « HMS Timbertown », et plusieurs dizaines de milliers de soldats belges sont internés dans le pays.
Le « fil de la mort » à la frontière belge
En 1915, l'occupant allemand érige le long de la frontière belgo-néerlandaise, de Vaals jusqu'à l'Escaut, une clôture électrifiée de plus de 300 kilomètres sous haute tension : le Dodendraad (fil de la mort). Destinée à empêcher la fuite de jeunes Belges voulant rejoindre l'armée, les espions et la contrebande, elle tue plusieurs centaines de personnes selon les estimations. Des tronçons reconstitués sont visibles aujourd'hui, notamment près de Hamont-Achel et de Zondereigen, côté belge.
Pénuries, contrebande et tensions sociales
Le blocus britannique et la guerre sous-marine allemande paralysent le commerce maritime. Pour rassurer Londres sur la destination finale des marchandises, les grands négociants fondent en 1914 la Nederlandsche Overzee Trustmaatschappij (NOT), qui garantit que les importations ne seront pas réexportées vers l'Allemagne. Le pays vend massivement ses produits agricoles à l'Allemagne, ce qui enrichit les « oorlogswinstmakers » (profiteurs de guerre) mais provoque la pénurie à l'intérieur.
- Rationnement : pain, pommes de terre, sucre, charbon sont distribués par cartes à partir de 1916-1917.
- Émeutes de la pomme de terre : en juin-juillet 1917, des émeutes éclatent à Amsterdam (Aardappeloproer), réprimées par l'armée.
- Pertes maritimes : le paquebot Tubantia est torpillé par un sous-marin allemand le 16 mars 1916 près du bateau-phare Noord Hinder ; de nombreux navires de commerce et des centaines de marins néerlandais disparaissent sur des mines ou sous les torpilles.
- Réquisition de 1918 : en mars 1918, les États-Unis et la Grande-Bretagne saisissent, en vertu du droit d'angarie, les navires néerlandais présents dans leurs ports.
Une société transformée
La guerre accélère paradoxalement les réformes intérieures. En 1917, une révision constitutionnelle règle d'un coup deux querelles majeures : le suffrage universel masculin et le financement égal des écoles confessionnelles (la « Pacification »), qui ouvre l'ère de la pilarisation. Les femmes deviennent éligibles, et obtiennent le droit de vote en 1919, aboutissement du combat d'Aletta Jacobs (voir révisions constitutionnelles). En novembre 1918, le leader socialiste Pieter Jelles Troelstra appelle à la révolution ; l'appel échoue et une grande manifestation loyaliste au Malieveld de La Haye, le 18 novembre, acclame la reine. L'épisode reste dans les mémoires comme « l'erreur de Troelstra ». La grippe espagnole fait par ailleurs des dizaines de milliers de morts en 1918.
L'asile du Kaiser
Le 10 novembre 1918, l'empereur Guillaume II, qui vient d'abdiquer, franchit la frontière en train à Eijsden, dans le Limbourg. Le gouvernement néerlandais l'accueille d'abord au château d'Amerongen, puis il achète en 1919 Huis Doorn, dans la province d'Utrecht, où il vit jusqu'à sa mort le 4 juin 1941. Malgré les demandes alliées, inscrites dans le traité de Versailles, les Pays-Bas refusent son extradition. Huis Doorn, resté en l'état avec ses meubles et collections, se visite aujourd'hui ; l'empereur est inhumé dans un mausolée du parc.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 juillet 1914 | Mobilisation générale |
| Octobre 1914 | Chute d'Anvers, afflux d'environ un million de réfugiés belges |
| 1915 | Clôture électrifiée allemande le long de la frontière belge |
| 16 mars 1916 | Torpillage du Tubantia |
| 1917 | Émeutes de la faim à Amsterdam ; révision constitutionnelle (suffrage universel masculin, Pacification) |
| Mars 1918 | Saisie des navires néerlandais par les Alliés |
| 10 novembre 1918 | Guillaume II se réfugie aux Pays-Bas |
| Novembre 1918 | Tentative révolutionnaire de Troelstra, échec |
| 1919 | Droit de vote des femmes ; démobilisation |
Vingt ans plus tard, la même neutralité ne protégera pas le pays : le 10 mai 1940, l'Allemagne l'envahit (voir Seconde Guerre mondiale).
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Questions fréquentes
Les Pays-Bas ont-ils participé à la Première Guerre mondiale ?
Non. Ils sont restés neutres de 1914 à 1918, tout en maintenant une armée mobilisée d'environ 200 000 hommes pour décourager toute invasion.
Pourquoi l'empereur Guillaume II s'est-il réfugié aux Pays-Bas ?
Parce que le pays était neutre, voisin et lié dynastiquement à l'Allemagne. Le gouvernement lui accorda l'asile et refusa de le livrer aux Alliés. Il vécut à Huis Doorn jusqu'en 1941.
Combien de réfugiés belges les Pays-Bas ont-ils accueillis ?
Près d'un million à l'automne 1914, après la chute d'Anvers. Environ 100 000 sont restés jusqu'à la fin de la guerre.
Peut-on visiter des lieux liés à 1914-1918 aux Pays-Bas ?
Oui : Huis Doorn (résidence du Kaiser), les forts de la Nouvelle ligne d'eau hollandaise, occupés par les troupes mobilisées, et, juste de l'autre côté de la frontière, des tronçons reconstitués du fil de la mort.