La WIC et l'Atlantique néerlandais
Pendant de la VOC pour l'Atlantique, la West-Indische Compagnie fut d'abord une machine de guerre contre l'Espagne, avant de devenir l'un des grands acteurs de la traite des Africains réduits en esclavage vers les Amériques.
Sommaire
Une compagnie née de la guerre
En 1621 expire la trêve de Douze Ans conclue avec l'Espagne pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans. Le 3 juin, les États généraux accordent à la nouvelle Compagnie des Indes occidentales un monopole de 24 ans sur le commerce et la navigation néerlandais en Afrique de l'Ouest (au sud du tropique du Cancer), dans les Amériques et dans le Pacifique jusqu'à la Nouvelle-Guinée. Ses promoteurs, souvent calvinistes radicaux et marchands d'origine méridionale, y voient un instrument pour frapper l'empire hispano-portugais (les deux couronnes sont unies de 1580 à 1640) là où il est le plus riche : l'argent d'Amérique et le sucre du Brésil.
Comme la VOC, la WIC est fédérale : cinq chambres (Amsterdam, Zélande, la Meuse à Rotterdam, le Noorderkwartier et Stad en Lande à Groningue), dirigées par les Heeren XIX. Mais son capital rentre plus difficilement, et sa logique est davantage militaire que marchande.
Le grand coup de Piet Hein (1628)
En septembre 1628, l'amiral Piet Hein, né à Delfshaven (aujourd'hui un quartier de Rotterdam), capture dans la baie de Matanzas, à Cuba, la flotte espagnole de l'argent. Le butin, évalué à environ 11,5 millions de florins, permet à la WIC de verser un dividende de 50 % et finance en partie la campagne du stathouder Frédéric-Henri contre Bois-le-Duc en 1629. C'est l'apogée de la guerre de course.
Le Brésil hollandais (1630-1654)
En 1630, la WIC s'empare d'Olinda et de Recife, au cœur de la grande région sucrière du Pernambouc. De 1637 à 1644, le comte Jean-Maurice de Nassau-Siegen gouverne la colonie : il fait bâtir la ville nouvelle de Mauritsstad, invite peintres (Frans Post, Albert Eckhout) et savants, et tolère catholiques et juifs. Recife accueille la première synagogue des Amériques. Sa résidence de La Haye, construite grâce à sa fortune brésilienne, est l'actuel Mauritshuis.
Pour faire tourner les moulins à sucre, la WIC s'empare des bases portugaises de la traite : le fort d'Elmina (actuel Ghana) en 1637, puis Luanda (1641-1648). Après le départ de Jean-Maurice, les planteurs portugais se soulèvent (1645) ; la colonie capitule en 1654. Une partie des juifs de Recife gagne alors la Nouvelle-Amsterdam, d'autres Curaçao ou le Suriname.
Caraïbes et Amérique du Nord
| Date | Territoire | Rôle |
|---|---|---|
| 1624-1664 | Nouvelle-Néerlande (dont la Nouvelle-Amsterdam) | Traite des fourrures, colonie de peuplement |
| 1634 | Curaçao | Base navale, puis principal marché d'esclaves néerlandais des Caraïbes |
| 1636 | Aruba, Bonaire | Élevage, sel, bois |
| Années 1630 | Saint-Eustache, Saba, Sint Maarten | Entrepôts, salines, commerce interlope |
| 1667 | Suriname | Conquis par une flotte zélandaise ; colonie de plantations |
La paix de Breda (1667), qui conclut la deuxième guerre anglo-néerlandaise, entérine l'échange de fait entre la Nouvelle-Néerlande, cédée à l'Angleterre, et le Suriname, conservé par les Néerlandais. Ces îles caribéennes sont aujourd'hui encore rattachées au Royaume des Pays-Bas.
La WIC et la traite négrière
La WIC détient le monopole néerlandais de la traite jusqu'en 1730, date à laquelle le commerce est ouvert aux armateurs privés, notamment zélandais (la Middelburgsche Commercie Compagnie, à Middelbourg). Les captifs, achetés sur la Côte-de-l'Or et en Angola, sont transportés vers le Brésil, le Suriname et surtout Curaçao, d'où beaucoup sont revendus aux colonies espagnoles dans le cadre de l'asiento. Les estimations fondées sur la base de données Slave Voyages situent la participation néerlandaise totale autour de 550 000 à 600 000 personnes déportées, soit environ 5 % de la traite atlantique. Voir Esclavage et Keti Koti.
Faillite, renaissance et fin
Ruinée par la perte du Brésil et les guerres, la première WIC fait faillite en 1674. Une seconde WIC est créée en 1675, plus modeste, centrée sur la traite et l'administration des colonies. Son octroi n'est pas renouvelé en 1791 : l'État reprend ses possessions. Saint-Eustache, surnommé le « Rocher d'or » pour son commerce, est l'île qui, le 16 novembre 1776, salue la première le pavillon des insurgés américains — un geste qui contribue à la quatrième guerre anglo-néerlandaise et au pillage de l'île par l'amiral Rodney en 1781.
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Questions fréquentes
Que signifie WIC ?
West-Indische Compagnie, la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales, active de 1621 à 1791 dans l'Atlantique.
La WIC a-t-elle fondé New York ?
Elle a fondé la Nouvelle-Amsterdam, à la pointe de Manhattan, vers 1624-1625. La ville est devenue New York après sa prise par les Anglais en 1664.
Quel était le rôle de la WIC dans l'esclavage ?
Central : elle a organisé la traite néerlandaise jusqu'en 1730 et administré des colonies esclavagistes, notamment le Brésil hollandais, Curaçao et, en partie, le Suriname. Le roi Willem-Alexander a présenté des excuses pour le passé esclavagiste le 1er juillet 2023.
Où voir des traces de la WIC aux Pays-Bas ?
Le West-Indisch Huis d'Amsterdam (Herenmarkt), siège de la chambre d’Amsterdam de 1623 à 1647, le Mauritshuis à La Haye, ainsi que les collections du Rijksmuseum et du Scheepvaartmuseum.