Érasme de Rotterdam
Prêtre, philologue, satiriste et pédagogue, Érasme est le « prince des humanistes » de la Renaissance. Né à Rotterdam, il a vécu en citoyen de l'Europe entière et donné son nom au plus célèbre programme d'échanges universitaires.
Sommaire
Une jeunesse entre Rotterdam, Deventer et Gouda
Érasme naît à Rotterdam le 28 octobre, probablement en 1466 ou 1469, fils illégitime d'un prêtre, Gerard, et de Margaretha, fille d'un médecin. Cette naissance hors mariage pèsera sur toute sa vie et l'obligera à demander des dispenses pontificales. Il fréquente l'école du chapitre Saint-Lebuin à Deventer, influencée par la Devotio moderna et les Frères de la vie commune, où il découvre le latin classique et les premiers humanistes.
Orphelin vers 1483-1484, il entre sous la pression de ses tuteurs au monastère augustinien de Steyn, près de Gouda, où il prononce ses vœux et dévore les auteurs antiques. Ordonné prêtre en 1492, il devient secrétaire de l'évêque de Cambrai, Henri de Berghes, qui lui permet d'aller étudier la théologie à Paris, au collège de Montaigu, dont il détestera la discipline.
Un humaniste européen
Dès lors, Érasme ne cessera de voyager pour trouver mécènes, imprimeurs et bibliothèques. En Angleterre, à partir de 1499, il se lie avec Thomas More et John Colet, qui l'orientent vers l'étude des Écritures. Il séjourne en Italie (1506-1509), où il obtient un doctorat en théologie à Turin et travaille à Venise chez le célèbre imprimeur Alde Manuce. Il vit ensuite à Louvain (1517-1521), dans les Pays-Bas habsbourgeois, où il soutient la fondation du Collège des trois langues (latin, grec, hébreu), puis à Bâle (1521-1529), auprès de son imprimeur Johann Froben, à Fribourg-en-Brisgau (1529-1535), et de nouveau à Bâle, où il meurt le 12 juillet 1536. Il est inhumé dans la cathédrale de Bâle.
Il entretient une correspondance immense avec les savants, princes et papes de son temps : plus de 3 000 lettres sont conservées. Il refuse les postes fixes (y compris un chapeau de cardinal) pour préserver son indépendance. Conseiller du jeune Charles Quint, il lui dédie l'Institution du prince chrétien (1516).
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Contenu |
|---|---|---|
| Adages (Adagia) | 1500, enrichis jusqu'en 1536 | Plus de 4 000 proverbes antiques commentés |
| Manuel du soldat chrétien (Enchiridion) | 1503 | Une piété intérieure fondée sur l'Évangile |
| Éloge de la Folie (Moriae encomium) | 1511 | Satire des théologiens, moines, princes et papes |
| Novum Instrumentum | 1516 | Première édition imprimée publiée du Nouveau Testament grec, avec traduction latine |
| Institution du prince chrétien | 1516 | Miroir des princes dédié à Charles Quint |
| Complainte de la paix (Querela pacis) | 1517 | Plaidoyer pacifiste |
| Colloques | 1518-1533 | Dialogues pour apprendre le latin, souvent satiriques |
| Du libre arbitre (De libero arbitrio) | 1524 | Réponse critique à Luther |
L'Éloge de la Folie, écrite en 1509 chez Thomas More (le titre latin joue sur le nom de son ami) et dédiée à lui, est son livre le plus lu : la Folie y prend la parole pour se louer elle-même et dénonce, avec ironie, l'hypocrisie de la société et de l'Église. Son Nouveau Testament grec, base des traductions de Luther et de bien d'autres, a révolutionné l'étude de la Bible.
Entre Rome et Luther
Érasme critique les abus de l'Église, le formalisme religieux et la scolastique, ce qui fait dire à ses ennemis qu'il « a pondu l'œuf que Luther a couvé ». Pourtant, il refuse de rompre avec Rome et redoute la violence des conflits religieux. En 1524, son De libero arbitrio défend la liberté humaine face à la grâce ; Luther répond durement par Du serf arbitre (1525). Suspect aux yeux des deux camps, Érasme voit ses œuvres mises à l'Index après sa mort, au milieu du XVIe siècle.
Héritage et traces aux Pays-Bas
Contemporain de Jérôme Bosch, Érasme incarne l'idéal d'une Europe de la culture, de la tolérance et de la paix. Son nom a été donné au programme Erasmus de mobilité étudiante (créé en 1987), dont l'acronyme a été construit pour lui rendre hommage, au Prix Érasme (Praemium Erasmianum), décerné depuis 1958 par une fondation néerlandaise placée sous le patronage du souverain, et à de nombreuses institutions.
À Rotterdam, sa statue de bronze par Hendrick de Keyser, inaugurée en 1622, est la plus ancienne statue publique de bronze des Pays-Bas ; elle se dresse aujourd'hui près de la Laurenskerk, sur le Grotekerkplein, après avoir été mise à l'abri pendant la Seconde Guerre mondiale. La ville a aussi donné son nom à l'université Erasmus, à l'hôpital universitaire Erasmus MC et au pont Erasmusbrug (1996), surnommé « le Cygne », symbole de la renaissance du port. La bibliothèque municipale de Rotterdam conserve l'une des plus importantes collections d'éditions d'Érasme au monde.
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Questions fréquentes
Érasme est-il vraiment né à Rotterdam ?
Oui, il se nommait lui-même « Roterodamus ». Une tradition, sans preuve formelle, situe sa maison natale dans le centre ; le lieu exact n'est pas connu et l'année de naissance (1466 ou 1469) reste discutée.
Pourquoi le programme Erasmus porte-t-il son nom ?
Parce qu'Érasme a étudié et enseigné dans toute l'Europe (Paris, Louvain, Turin, Cambridge, Bâle). L'acronyme officiel, EuRopean Community Action Scheme for the Mobility of University Students, a été formé pour évoquer le nom de l'humaniste.
Quel est le livre le plus célèbre d'Érasme ?
L'Éloge de la Folie (1511), satire de la société et de l'Église, traduite dans de nombreuses langues et toujours rééditée.
Où voir la statue d'Érasme à Rotterdam ?
Sur le Grotekerkplein, au pied de la Laurenskerk, dans le centre-ville. Réalisée par Hendrick de Keyser et inaugurée en 1622, elle montre l'humaniste en train de lire.