Les Pays-Bas bourguignons et habsbourgeois

En moins de deux siècles, les ducs de Bourgogne puis les Habsbourg rassemblent une mosaïque de comtés et de duchés en un ensemble, les Dix-Sept Provinces, doté d'institutions communes. C'est le cadre dont sortiront à la fois les Pays-Bas et la Belgique.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. L'œuvre des ducs de Bourgogne
  2. Charles le Téméraire et le tournant de 1477
  3. Charles Quint et les Dix-Sept Provinces
  4. Une société prospère et brillante
  5. Les causes de la rupture
  6. Héritage visible
  7. Questions fréquentes

L'œuvre des ducs de Bourgogne

Au XIVe siècle, les « Pays-Bas » (les pays de par-deçà, disent les ducs) ne sont qu'une juxtaposition de principautés relevant, pour la plupart, du Saint-Empire. Leur rassemblement commence par une succession : en 1384, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et frère du roi de France Charles V, hérite par son épouse Marguerite de Male du comté de Flandre et de l'Artois.

Son petit-fils Philippe le Bon (1419-1467) est le véritable unificateur. Par achats, héritages et pressions militaires, il acquiert le Namurois (1421), le Brabant et le Limbourg (1430) puis, après une guerre contre sa cousine Jacqueline de Bavière, la Hollande, la Zélande et le Hainaut (traité de Delft de 1428, cession définitive en 1433), enfin le Luxembourg (1443). Il impose aussi son influence sur l'évêché d'Utrecht en y faisant élire son fils naturel David de Bourgogne (1456).

Des institutions communes

Pour gouverner cet ensemble disparate, les ducs créent des organes centraux : une Chambre des comptes, un Grand Conseil (qui deviendra le Parlement de Malines en 1473) et surtout les États généraux, assemblée des délégués des États provinciaux, réunie pour la première fois à Bruges en 1464 afin de voter les impôts. Les États généraux sont l'ancêtre direct du Parlement néerlandais, qui porte toujours ce nom. L'ordre de la Toison d'or, fondé en 1430 à Bruges, lie la haute noblesse au duc.

Charles le Téméraire et le tournant de 1477

Charles le Téméraire (1467-1477) annexe la Gueldre en 1473 et rêve d'un royaume entre France et Empire. Sa mort devant Nancy, le 5 janvier 1477, ouvre une crise : Louis XI s'empare de la Bourgogne ducale, et sa fille Marie de Bourgogne doit concéder aux États le Grand Privilège, qui restaure les libertés provinciales. Elle épouse la même année Maximilien de Habsbourg : les Pays-Bas entrent dans l'orbite des Habsbourg.

Charles Quint et les Dix-Sept Provinces

Petit-fils de Marie et de Maximilien, Charles Quint naît à Gand en 1500. Seigneur des Pays-Bas dès 1506, roi d'Espagne en 1516, empereur en 1519, il gouverne depuis ses autres royaumes et délègue la régence à sa tante Marguerite d'Autriche (à Malines) puis à sa sœur Marie de Hongrie (à Bruxelles). Il achève l'unification territoriale :

AnnéeTerritoire acquis
1524Frise
1528Évêché d'Utrecht et Overijssel (pouvoir temporel)
1536Groningue et Ommelanden, Drenthe
1543Gueldre et Zutphen (traité de Venlo, après la guerre contre le duc Guillaume de Clèves)

En 1548, la Transaction d'Augsbourg regroupe ces territoires dans le cercle de Bourgogne du Saint-Empire, quasi autonome ; en 1549, la Pragmatique Sanction établit que les Dix-Sept Provinces seront transmises indivisément au même héritier. C'est l'acte de naissance d'une entité politique, incluant la Belgique et le Luxembourg actuels ainsi qu'une partie du nord de la France (Artois, Flandre wallonne).

Le 25 octobre 1555, au palais du Coudenberg à Bruxelles, Charles Quint, appuyé sur l'épaule du jeune Guillaume d'Orange, abdique en faveur de son fils Philippe II.

Une société prospère et brillante

Les Pays-Bas forment alors la région la plus urbanisée et la plus riche d'Europe du Nord. Anvers, qui supplante Bruges au début du XVIe siècle, devient la plaque tournante du commerce mondial (épices portugaises, argent d'Amérique, draps anglais). Au nord, Amsterdam progresse grâce au commerce du grain balte, la « mère des négoces ».

La culture est éclatante : les primitifs flamands (Van Eyck, Van der Weyden), Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, l'humaniste Érasme de Rotterdam, les compositeurs franco-flamands. Le pape Adrien VI (1522-1523), né à Utrecht, ancien précepteur de Charles Quint, reste le seul pape néerlandais.

Les causes de la rupture

Sous Philippe II, élevé en Espagne et qui quitte les Pays-Bas en 1559 pour ne jamais y revenir, les tensions s'accumulent :

  • Religieuses : le luthéranisme, l'anabaptisme puis surtout le calvinisme progressent ; les « placards » contre l'hérésie, déjà sévères sous Charles Quint (premier bûcher de luthériens à Bruxelles en 1523), sont appliqués avec rigueur par l'Inquisition.
  • Politiques : la haute noblesse (Orange, Egmont, Hornes) est écartée au profit du cardinal de Granvelle ; la réorganisation des évêchés (1559) heurte les privilèges.
  • Fiscales et économiques : guerres coûteuses, mauvaises récoltes et hausse du prix du grain en 1565-1566.

En avril 1566, quelque 200 à 300 nobles présentent à la gouvernante Marguerite de Parme le Compromis des Nobles ; un conseiller les traite de « gueux », nom qu'ils revendiquent aussitôt. En août éclate la furie iconoclaste (Beeldenstorm) : partie de Steenvoorde en Flandre, elle saccage des centaines d'églises jusqu'en Frise. Philippe II envoie le duc d'Albe avec une armée en 1567 ; son « Conseil des troubles » prononce plus de mille condamnations à mort, dont celles des comtes d'Egmont et de Hornes, décapités à Bruxelles le 5 juin 1568. La guerre de Quatre-Vingts Ans a commencé.

Héritage visible

Le Binnenhof de La Haye, siège des institutions comtales puis bourguignonnes, la cathédrale Saint-Jean de Bois-le-Duc, le château de Breda (berceau des Nassau aux Pays-Bas) et la ville de Breda elle-même illustrent cette période. Le nom même de « Pays-Bas » et l'institution des États généraux en sont les héritages les plus durables.

Questions fréquentes

Que sont les Dix-Sept Provinces ?

L'ensemble des principautés réunies sous Charles Quint et déclarées indivisibles en 1549 : en gros, les actuels Pays-Bas, Belgique et Luxembourg, plus l'Artois et la Flandre française. Le chiffre de dix-sept est plus symbolique que strictement comptable.

Charles Quint était-il néerlandais ?

Né à Gand et élevé à Malines, il avait pour langue maternelle le français et se sentait profondément attaché aux Pays-Bas, contrairement à son fils Philippe II. Il est l'un des souverains les plus marquants de l'histoire de la région.

Pourquoi la révolte a-t-elle éclaté sous Philippe II ?

Par la conjonction de la répression religieuse contre les protestants, de la centralisation au détriment des privilèges provinciaux et de la noblesse locale, et d'une crise économique en 1565-1566.