La faïence de Delft (Delfts blauw)

Bleu cobalt sur fond blanc, la faïence de Delft est née au XVIIe siècle d'une ambition très commerciale : imiter, à moindre coût, la porcelaine chinoise qui fascinait l'Europe. Elle est devenue l'un des symboles les plus reconnaissables des Pays-Bas.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Une imitation de génie
  2. Pourquoi à Delft ?
  3. Une production très variée
  4. Déclin et renaissance
  5. Comment reconnaître une vraie pièce de Delft
  6. Où voir et acheter du bleu de Delft
  7. Questions fréquentes

Une imitation de génie

Tout commence avec la VOC. En 1602 et 1603, la Compagnie s'empare de deux caraques portugaises, la São Tiago et la Santa Catarina, chargées de porcelaine chinoise. Leur cargaison, vendue aux enchères à Amsterdam, provoque un engouement pour cette porcelaine dite kraak. Mais au milieu du XVIIe siècle, les troubles liés à la chute de la dynastie Ming (1644) tarissent les exportations chinoises.

Les faïenciers néerlandais saisissent l'occasion. Héritiers des potiers de majolique venus d'Anvers et d'Italie (beaucoup se sont réfugiés dans le Nord après la prise d'Anvers par les Espagnols en 1585), ils perfectionnent une faïence fine, recouverte d'un émail blanc opaque à l'étain et décorée au bleu de cobalt. Le résultat imite la porcelaine à s'y méprendre, du moins à distance, pour une fraction du prix.

Pourquoi à Delft ?

Delft était au XVIe siècle une grande ville brasseuse. Le déclin de la bière locale libère au XVIIe siècle de vastes bâtiments que les faïenciers rachètent — d'où les noms d'enseignes de brasseries conservés par les ateliers : De Porceleyne Fles (« la bouteille de porcelaine »), De Grieksche A (« le A grec »), De Metaale Pot, De Drie Klokken, De Roos… Membres de la guilde de Saint-Luc, comme les peintres (Vermeer en fut l'un des dirigeants), les maîtres faïenciers forment une industrie qui compte plus de trente ateliers à son apogée, vers 1700. La ville est aussi marquée par l'explosion de sa poudrière en 1654, le « coup de tonnerre de Delft », qui tua le peintre Carel Fabritius.

Une production très variée

  • Assiettes et plats à décor chinois, puis paysages hollandais, scènes bibliques, moulins et navires.
  • Vases à tulipes (tulipières) : vases à becs multiples, parfois en pyramides de plus d'un mètre, comme ceux réalisés vers 1690 par l'atelier De Grieksche A d'Adrianus Kocx pour la reine Marie II d'Angleterre, épouse de Guillaume III d'Orange, sur des modèles de Daniel Marot (Hampton Court). Voir aussi notre page sur la tulipe.
  • Carreaux (tegels) : produits par millions à Delft, Rotterdam, Harlingen et Makkum, ils ornaient cuisines, cheminées et caves, et étaient exportés dans toute l'Europe. Certains forment de grands tableaux de carreaux.
  • Polychromie : malgré le nom de « bleu de Delft », les ateliers produisaient aussi des pièces en rouge, vert et or, imitant les porcelaines japonaises Imari, ainsi que de rares pièces à fond noir.

Déclin et renaissance

Au XVIIIe siècle, la faïence de Delft souffre de la concurrence de la vraie porcelaine européenne (Meissen dès 1710) puis de la faïence fine anglaise (Wedgwood), plus légère et moins chère. Les ateliers ferment l'un après l'autre : au milieu du XIXe siècle, seul De Porceleyne Fles subsiste. Son rachat en 1876 par l'ingénieur Joost Thooft relance la production avec une argile plus blanche et un style historiciste. L'entreprise obtient le titre de « Koninklijk » (royal) en 1919 et commercialise aujourd'hui ses pièces sous le nom de Royal Delft.

Le bleu de Delft vit aussi dans la culture populaire : depuis 1952, la compagnie KLM offre à ses passagers de classe affaires sur les vols long-courriers des maisonnettes miniatures en faïence remplies de jenever, reproduisant des maisons historiques néerlandaises. La série dépasse la centaine de modèles et fait l'objet d'une véritable collection.

Comment reconnaître une vraie pièce de Delft

Le terme « Delft » n'est pas une appellation protégée. Une grande partie des souvenirs vendus dans les boutiques touristiques sont des pièces décorées par décalcomanie, souvent fabriquées en Asie. Indices d'une pièce authentique peinte à la main :

  • la marque sous la pièce : pour Royal Delft, une bouteille stylisée, le monogramme de Joost Thooft et une lettre-code indiquant l'année de fabrication ;
  • les initiales du peintre à côté de la marque ;
  • un trait de pinceau visible, avec des nuances de bleu et de légères irrégularités (un décor imprimé est parfaitement uniforme) ;
  • la mention handgeschilderd (peint à la main) ; méfiez-vous de « Delfts blauw » seul, qui désigne un style, pas une origine.

Les pièces anciennes des XVIIe et XVIIIe siècles se trouvent chez les antiquaires spécialisés et dans les ventes aux enchères ; leur valeur dépend fortement de l'atelier, de l'état et de la rareté du décor.

Où voir et acheter du bleu de Delft

  • Royal Delft (Delft) : visite de la manufacture, démonstrations de peinture à la main, musée et boutique.
  • Museum Prinsenhof Delft : histoire de la ville, de Guillaume d'Orange (assassiné ici en 1584) et de la faïence.
  • Rijksmuseum : l'une des plus belles collections, dont des tulipières pyramidales.
  • Kunstmuseum Den Haag : vaste collection d'arts décoratifs et de faïence.
  • Keramiekmuseum Princessehof à Leeuwarden : musée national de la céramique, avec porcelaines asiatiques et carreaux.
  • Koninklijke Tichelaar à Makkum (Frise) : faïencerie familiale parmi les plus anciennes entreprises du pays, spécialisée dans les carreaux.

Une visite de Delft se combine facilement avec La Haye et Rotterdam, toutes deux à moins de 20 minutes en train.

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Questions fréquentes

La faïence de Delft est-elle de la porcelaine ?

Non. C'est de la faïence : une terre cuite poreuse recouverte d'un émail blanc à base d'étain. La porcelaine, faite de kaolin cuit à très haute température, est translucide et beaucoup plus dure. La faïence de Delft a été inventée pour imiter la porcelaine chinoise.

Combien coûte une pièce de Royal Delft ?

Les petits objets peints à la main (carreau, petite assiette) commencent à quelques dizaines d'euros ; les grands vases et pièces uniques peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros. Les souvenirs imprimés coûtent beaucoup moins cher mais n'ont pas de valeur de collection.

Pourquoi le bleu ?

Le bleu de cobalt était le pigment qui supportait le mieux la cuisson à haute température, et c'était la couleur de la porcelaine chinoise Ming que les faïenciers voulaient imiter.

Peut-on visiter un atelier de faïence à Delft ?

Oui, Royal Delft propose une visite libre ou guidée avec démonstrations de peintres. Il existe aussi des ateliers plus petits dans la ville, dont De Delftse Pauw, fondé en 1954.