Het Wilhelmus, l’hymne national néerlandais

Composé pendant la révolte contre l’Espagne, le Wilhelmus est souvent présenté comme le plus ancien hymne national du monde. Ses quinze couplets font parler Guillaume d’Orange à la première personne ; on n’en chante généralement que deux.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Un chant de révolte devenu hymne
  2. Le plus ancien hymne national ?
  3. Qui l’a écrit ?
  4. Un acrostiche de 15 couplets
  5. Paroles et traduction en français
  6. Les passages qui surprennent
  7. L’hymne aujourd’hui
  8. Questions fréquentes

Un chant de révolte devenu hymne

Le Wilhelmus naît entre 1568 et 1572, au début de la guerre de Quatre-Vingts Ans, comme chant de propagande en faveur de Guillaume d’Orange, dit le Taciturne. Le prince vient de lancer, depuis son exil allemand, une campagne militaire contre le duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas pour Philippe II. Le texte le fait s’adresser au peuple : il justifie sa rébellion, affirme sa foi et proclame sa loyauté envers le roi d’Espagne, qu’il dit combattre non par trahison mais pour défendre les libertés et la religion contre la tyrannie.

Le chant devient populaire dans les Provinces-Unies, notamment dans le camp orangiste. Il figure dans le recueil de chants des Gueux (Geuzenliedboek) imprimé dans les années 1580, puis dans le recueil d’Adriaen Valerius (1626), qui fixe une version proche de la mélodie actuelle. Pendant deux siècles, il cohabite avec d’autres chants patriotiques ; au XIXe siècle, le royaume lui préfère Wien Neêrlands Bloed. Le gouvernement fait finalement du Wilhelmus l’hymne national officiel par une décision du 10 mai 1932.

Le plus ancien hymne national ?

Le Wilhelmus est souvent cité comme le plus ancien hymne national, du moins pour sa mélodie et la combinaison texte-musique. Le Kimigayo japonais a des paroles plus anciennes (un poème de l’époque Heian), mais sa musique date de 1880. L’air du Wilhelmus provient d’une chanson de soldats français sur le siège de Chartres par les troupes protestantes, en 1568 : l’hymne néerlandais a donc une origine… française.

Qui l’a écrit ?

L’auteur reste inconnu. La tradition l’attribue à Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, diplomate et proche conseiller du prince ; d’autres noms ont circulé, comme Dirck Volckertszoon Coornhert. En 2016, des chercheurs néerlandais ont utilisé l’analyse stylométrique (comparaison statistique des styles d’écriture) pour avancer le nom du pasteur Petrus Datheen. Aucune hypothèse ne fait l’unanimité.

Un acrostiche de 15 couplets

Les initiales des quinze couplets forment le nom WILLEM VAN NASSOV. Lors des cérémonies officielles, des matchs de l’équipe des Pays-Bas ou des remises de médailles, on chante le 1er couplet, parfois suivi du 6e.

Paroles et traduction en français

Premier couplet

Néerlandais (version moderne)Traduction
Wilhelmus van NassouweGuillaume de Nassau
ben ik, van Duitsen bloed,je suis, de sang germanique,
den vaderland getrouwefidèle à la patrie
blijf ik tot in den dood.je demeure jusqu’à la mort.
Een Prinse van OranjePrince d’Orange
ben ik, vrij, onverveerd,je suis, libre et sans peur ;
den Koning van Hispanjele roi d’Espagne
heb ik altijd geëerd.je l’ai toujours honoré.

Sixième couplet

Néerlandais (version moderne)Traduction
Mijn schild ende betrouwenMon bouclier et ma confiance,
zijt Gij, o God mijn Heer,c’est Toi, ô Dieu mon Seigneur ;
op U zo wil ik bouwen,sur Toi je veux bâtir,
verlaat mij nimmermeer.ne m’abandonne jamais.
Dat ik doch vroom mag blijven,Que je puisse rester pieux,
uw dienaar t’aller stond,Ton serviteur à toute heure,
de tirannie verdrijvenet chasser la tyrannie
die mij mijn hart doorwondt.qui me blesse le cœur.

Traduction proposée par paysbas.net, au plus près du sens littéral. Le texte original du XVIe siècle étant dans le domaine public, plusieurs graphies coexistent (Nassouwe, Nassau ; Duitsen, Duytschen).

Les passages qui surprennent

« Van Duitsen bloed » : la formule ne signifie pas « de sang allemand » au sens moderne. Au XVIe siècle, duits désigne l’ensemble des peuples de langue germanique, Néerlandais compris. Guillaume, né en 1533 au château de Dillenburg (Nassau), rappelle ses origines familiales. La strophe a pourtant suscité des débats, notamment après 1945.

« Le roi d’Espagne, je l’ai toujours honoré » : paradoxe apparent d’un hymne de révolte. Guillaume se présente en vassal loyal, contraint de prendre les armes contre de mauvais conseillers. Ce n’est qu’en 1581, par l’acte de La Haye, que les provinces rebelles déposent formellement Philippe II, préparant la naissance de la République des Provinces-Unies.

L’hymne aujourd’hui

Le Wilhelmus reste peu chanté en dehors des grandes occasions : Koningsdag, commémoration du 4 mai, événements sportifs. Les Néerlandais sont réputés en connaître surtout le premier couplet. Depuis quelques années, les supporters le reprennent volontiers dans les stades, et les joueurs sont régulièrement interrogés par la presse sur le fait de le chanter ou non. Il partage avec le drapeau et les symboles nationaux l’empreinte de la maison d’Orange-Nassau.

Questions fréquentes

Quel est le titre de l’hymne national des Pays-Bas ?

Het Wilhelmus, d’après ses premiers mots « Wilhelmus van Nassouwe ». Il est l’hymne officiel depuis 1932.

Combien de couplets compte le Wilhelmus ?

Quinze, dont les initiales forment « Willem van Nassov ». En pratique, on chante le premier, et parfois le sixième.

Pourquoi l’hymne parle-t-il du roi d’Espagne ?

Écrit au début de la révolte, il présente Guillaume d’Orange comme un sujet fidèle forcé de combattre la tyrannie des représentants du roi, pas comme un rebelle contre la couronne elle-même.

Le Wilhelmus est-il le plus vieil hymne du monde ?

Il est généralement considéré comme le plus ancien pour sa mélodie et son texte associés (fin du XVIe siècle), même s’il n’est devenu officiel qu’en 1932.