Aletta Jacobs

Première femme admise à une université néerlandaise et première femme médecin du pays, Aletta Jacobs a ouvert une consultation gratuite pour les femmes pauvres, défendu la contraception et mené le combat pour le droit de vote des femmes, obtenu en 1919.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Une jeune fille qui voulait être médecin
  2. La première femme médecin
  3. Le combat pour le droit de vote
  4. Pacifiste pendant la Grande Guerre
  5. Vie privée et héritage
  6. Où voir ses traces aux Pays-Bas
  7. Questions fréquentes

Une jeune fille qui voulait être médecin

Aletta Henriëtte Jacobs naît le 9 février 1854 à Sappemeer, dans la province de Groningue, huitième des onze enfants d’un médecin juif, Abraham Jacobs. Elle veut suivre la voie de son père, mais l’enseignement secondaire classique et l’université sont alors fermés aux filles. Elle obtient d’abord un diplôme d’assistante en pharmacie (1870), seule voie accessible.

Elle écrit alors directement au chef du gouvernement, le libéral Johan Rudolph Thorbecke (voir la Constitution de 1848). En avril 1871, celui-ci l’autorise à suivre les cours à titre d’essai : elle devient la première femme inscrite dans une université néerlandaise, à Groningue. L’autorisation définitive arrive un an plus tard.

La première femme médecin

En 1878, elle réussit l’examen d’État et devient la première femme médecin des Pays-Bas. Elle soutient en 1879 une thèse de doctorat en médecine sur la localisation des phénomènes physiologiques et pathologiques dans le cerveau. Après un séjour à Londres, où elle rencontre les milieux féministes et les défenseurs de la limitation des naissances, elle s’installe à Amsterdam.

Dès 1879, elle ouvre deux matinées par semaine une consultation gratuite pour les femmes et les enfants pauvres. Elle y enseigne l’hygiène, la puériculture et, surtout, propose à partir de 1882 le diaphragme (pessaire de Mensinga) aux mères épuisées par les grossesses successives. Cette consultation est souvent présentée comme l’une des premières au monde consacrée à la contraception. Le scandale est considérable dans le milieu médical et religieux de l’époque.

Elle mène d’autres combats sanitaires et sociaux : le droit pour les vendeuses de magasin de s’asseoir pendant leurs longues journées, la lutte contre la réglementation de la prostitution, l’amélioration des conditions de travail des femmes. Ces engagements préfigurent des aspects du système de santé néerlandais moderne.

Le combat pour le droit de vote

En 1883, Aletta Jacobs tente de s’inscrire sur les listes électorales d’Amsterdam, arguant que la loi ne réserve pas explicitement le vote aux hommes. Refusée jusque devant le Hoge Raad (Cour suprême), elle obtient un effet inattendu : la révision constitutionnelle de 1887 précise que seuls les hommes sont électeurs.

Elle préside de 1903 à 1919 la Vereeniging voor Vrouwenkiesrecht (Association pour le suffrage des femmes) et devient une figure internationale du mouvement, au sein de l’International Woman Suffrage Alliance. En 1911-1912, elle fait un tour du monde avec l’Américaine Carrie Chapman Catt pour promouvoir le suffrage féminin en Afrique et en Asie.

DateÉtape du suffrage féminin aux Pays-Bas
1883Demande d’inscription électorale d’Aletta Jacobs, refusée
1887La Constitution réserve explicitement le vote aux hommes
1917Les femmes deviennent éligibles
1918Suze Groeneweg, première femme élue à la Seconde Chambre
1919Loi accordant le droit de vote aux femmes
1922Premières élections législatives avec vote des femmes

Pour en savoir plus sur les institutions concernées, voir notre page sur le système politique néerlandais et sur le Parlement.

Pacifiste pendant la Grande Guerre

Alors que les Pays-Bas restent neutres en 1914-1918, Aletta Jacobs organise à La Haye, en avril 1915, le Congrès international des femmes, qui réunit plus de 1 100 participantes de pays belligérants et neutres pour réclamer une paix négociée. Des délégations, dont elle fait partie, sont ensuite reçues par plusieurs chefs de gouvernement européens et par le président américain Wilson. Ce congrès est à l’origine de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (WILPF).

Vie privée et héritage

En 1892, elle épouse Carel Victor Gerritsen, homme politique libéral radical, après des années d’union libre militante ; leur unique enfant meurt un jour après sa naissance, en 1893. Veuve en 1905, elle s’installe plus tard à La Haye puis à Baarn, où elle meurt le 10 août 1929.

Son nom est partout dans la mémoire néerlandaise : le canon historique national (Canon van Nederland) lui consacre une fenêtre, l’école de santé publique de l’université de Groningue, de nombreuses rues et écoles portent son nom, et sa bibliothèque compte parmi les fonds fondateurs des archives féministes devenues l’institut Atria, à Amsterdam.

Où voir ses traces aux Pays-Bas

  • Sappemeer (commune de Midden-Groningen) : la ville de son enfance, où sa mémoire est entretenue localement.
  • Groningue : l’université, son Academiegebouw et l’Aletta Jacobs School of Public Health (voir la ville de Groningue).
  • Amsterdam : Atria, institut sur l’égalité des genres et l’histoire des femmes.

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Questions fréquentes

Qui était la première femme médecin aux Pays-Bas ?

Aletta Jacobs, diplômée en 1878 après avoir été, en 1871, la première femme admise à étudier dans une université néerlandaise, à Groningue.

Depuis quand les femmes votent-elles aux Pays-Bas ?

Elles sont éligibles depuis 1917 et obtiennent le droit de vote en 1919. Elles ont voté pour la première fois aux législatives en 1922.

Pourquoi Aletta Jacobs est-elle associée à la contraception ?

Parce qu’elle a proposé dès 1882 le diaphragme aux femmes pauvres de sa consultation gratuite d’Amsterdam, une démarche pionnière en Europe à l’époque.

Qu’est-ce que le congrès des femmes de 1915 ?

Un congrès pacifiste international organisé à La Haye en avril 1915 à l’initiative d’Aletta Jacobs, en pleine Première Guerre mondiale. Il a donné naissance à la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté.