Johannes Vermeer
Une trentaine de tableaux seulement, presque tous peints dans sa ville de Delft : Johannes Vermeer a fait de la lumière d'un intérieur hollandais l'un des sommets de la peinture européenne.
Sommaire
Une vie à Delft
Johannes Vermeer est baptisé le 31 octobre 1632 à Delft. Son père, Reynier Janszoon, tisserand de soie, tient une auberge, la « Mechelen », sur la place du Marché, et fait commerce de tableaux. On ignore tout de la formation du jeune Vermeer : aucun document ne mentionne son maître, et les hypothèses (Leonaert Bramer, Carel Fabritius, un séjour à Utrecht) restent invérifiables.
En avril 1653, il épouse Catharina Bolnes, fille d'une catholique aisée, Maria Thins ; il se serait converti au catholicisme à cette occasion. En décembre de la même année, il est reçu maître à la guilde de Saint-Luc de Delft, dont il sera plusieurs fois élu dirigeant (hoofdman). Le couple s'installe chez Maria Thins, dans le quartier catholique dit « coin des papistes ». Ils auront quinze enfants, dont onze survivront à leur père.
Vermeer peint lentement, deux ou trois tableaux par an au plus, et vit aussi du commerce d'art. Un collectionneur local, Pieter van Ruijven, semble avoir acheté une grande partie de sa production. L'invasion française de 1672 (l'année du désastre) effondre le marché de l'art ; criblé de dettes, Vermeer meurt brusquement à 43 ans et est inhumé le 15 décembre 1675 dans l'Oude Kerk de Delft. Sa veuve doit déclarer faillite.
Une œuvre rare et lumineuse
Ses premiers tableaux sont des scènes religieuses et mythologiques de grand format (Diane et ses compagnes, Mauritshuis ; Le Christ chez Marthe et Marie, Édimbourg). Vers 1657, il se tourne vers la peinture de genre : une ou deux figures, souvent féminines, dans un intérieur éclairé par une fenêtre à gauche, absorbées par une lettre, une musique, un travail domestique.
La technique de Vermeer
- La lumière : une lumière naturelle diffuse, rendue par de fines couches de glacis et de petits points lumineux (pointillés) sur les objets brillants.
- Les pigments précieux : il utilise abondamment l'outremer naturel, tiré du lapis-lazuli, plus cher que l'or, y compris dans les ombres.
- La perspective : des trous d'épingle retrouvés sur plusieurs toiles montrent l'usage d'une épingle et d'une ficelle pour tracer les lignes de fuite. L'emploi d'une chambre noire (camera obscura) est souvent évoqué mais n'est pas prouvé.
Les tableaux à voir aux Pays-Bas
Sur les quelque 35 tableaux attribués, sept se trouvent aux Pays-Bas, répartis entre deux musées.
| Tableau | Date (env.) | Musée |
|---|---|---|
| Diane et ses compagnes | 1653-1654 | Mauritshuis, La Haye |
| Vue de Delft | 1660-1661 | Mauritshuis |
| La Jeune Fille à la perle | vers 1665 | Mauritshuis |
| La Laitière | vers 1658-1659 | Rijksmuseum, Amsterdam |
| La Ruelle (Het Straatje) | vers 1658 | Rijksmuseum |
| La Femme en bleu lisant une lettre | vers 1663 | Rijksmuseum |
| La Lettre d'amour | vers 1669-1670 | Rijksmuseum |
La Jeune Fille à la perle n'est pas un portrait mais une tronie, étude de visage en costume de fantaisie (ici un turban). La Vue de Delft, que Marcel Proust tenait pour « le plus beau tableau du monde », montre la ville depuis le sud, au-delà du bassin du Kolk. Le Mauritshuis ne prête qu'exceptionnellement la Jeune Fille : elle n'a quitté La Haye que quelques semaines en 2023, pour la rétrospective du Rijksmuseum.
Sur les traces de Vermeer à Delft
Aucun tableau de Vermeer n'est conservé à Delft, mais la ville garde ses traces : le Vermeer Centrum, installé dans le bâtiment reconstruit de la guilde de Saint-Luc, présente des reproductions de l'ensemble de l'œuvre et explique sa technique ; une dalle commémorative signale sa tombe dans l'Oude Kerk ; l'emplacement de la Mechelen se trouve sur la Grand-Place (Markt), face à la Nieuwe Kerk. Le site de la Ruelle a été identifié par l'historien Frans Grijzenhout en 2015 au Vlamingstraat 40-42. La visite se combine avec la faïence de Delft et la ville de Grotius.
Oubli et redécouverte
Connu localement de son vivant, Vermeer tombe dans un relatif oubli après sa mort, ses tableaux étant parfois vendus sous d'autres noms. Le critique français Théophile Thoré-Bürger le « redécouvre » dans une série d'articles publiée en 1866 et lui donne le surnom de « sphinx de Delft ». Au XXe siècle, sa rareté attire les faussaires : Han van Meegeren vend dans les années 1930-1940 de faux Vermeer, dont un à Hermann Göring, avant d'être démasqué en 1945.
En 2023, le Rijksmuseum a réuni 28 tableaux de Vermeer, la plus grande rétrospective jamais organisée ; les quelque 650 000 billets ont été vendus en quelques semaines. Le roman de Tracy Chevalier puis le film La Jeune Fille à la perle (2003, avec Scarlett Johansson) ont achevé de faire de Vermeer une icône populaire. Pour replacer son art dans son contexte, voir la peinture du Siècle d'or et la page consacrée à Rembrandt.
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Questions fréquentes
Combien de tableaux Vermeer a-t-il peints ?
On lui attribue entre 34 et 37 tableaux selon les spécialistes ; quelques attributions (comme Jeune Femme assise au virginal ou Sainte Praxède) restent discutées. Sa production totale a probablement été d'une cinquantaine de toiles.
Qui est la Jeune Fille à la perle ?
Son identité est inconnue. Il s'agit d'une tronie, figure de fantaisie, et non d'un portrait commandé. Des études menées en 2018 par le Mauritshuis ont révélé un fond initialement vert sombre (rideau) et des cils fins invisibles à l'œil nu.
Où voir des tableaux de Vermeer aux Pays-Bas ?
Trois au Mauritshuis de La Haye (dont la Jeune Fille à la perle et la Vue de Delft) et quatre au Rijksmuseum d'Amsterdam (dont La Laitière). Delft n'en possède aucun original.
Vermeer utilisait-il une camera obscura ?
C'est une hypothèse ancienne, appuyée par certains effets optiques (flou, halos lumineux), mais aucune source d'époque ne le confirme. Les trous d'épingle visibles sur ses toiles prouvent en revanche une construction rigoureuse de la perspective.