Piet Mondrian
Des lignes noires, des aplats rouges, jaunes et bleus : Piet Mondrian a inventé l'une des images les plus reconnaissables du XXe siècle, au terme d'un long chemin parti des paysages de polders et de moulins.
Sommaire
Un peintre de paysages hollandais
Pieter Cornelis Mondriaan naît le 7 mars 1872 à Amersfoort, dans une famille calviniste stricte. Son père, directeur d'école et dessinateur amateur, est muté en 1880 à Winterswijk, dans l'est de la Gueldre, où Piet grandit. Titulaire de diplômes d'enseignant du dessin, il entre en 1892 à la Rijksakademie d'Amsterdam.
Pendant près de vingt ans, il peint dans l'esprit de l'école de La Haye : paysages de bord d'Amstel et de Gein, fermes, moulins, bois, souvent au crépuscule. Vers 1908, au contact de Jan Toorop et lors de séjours à Domburg, en Zélande, sa palette s'enflamme de couleurs pures (Le Moulin rouge, Avond / L'Arbre rouge). Il adhère en 1909 à la Société théosophique, dont la quête d'une harmonie universelle nourrira sa pensée.
Paris, le cubisme et l'abstraction
En 1911, il découvre les cubistes de Picasso et Braque à Amsterdam et part pour Paris fin 1911 ou début 1912. Il francise alors son nom en « Mondrian ». La série des arbres (Arbre gris, 1911 ; Pommier en fleurs, 1912) montre la décomposition progressive du motif en un réseau de lignes. Surpris aux Pays-Bas par la Première Guerre mondiale lors d'une visite, il y reste jusqu'en 1919, notamment à Laren.
De Stijl et le néoplasticisme
En 1917, il fonde avec Theo van Doesburg la revue et le mouvement De Stijl, rejoints par Bart van der Leck, Vilmos Huszár, J. J. P. Oud et Gerrit Rietveld. Mondrian y publie les bases du néoplasticisme : réduire la peinture à ses éléments universels, la ligne droite horizontale et verticale, les trois couleurs primaires (rouge, jaune, bleu) et les « non-couleurs » (blanc, gris, noir). L'objectif est d'exprimer un équilibre dynamique, à valeur presque spirituelle.
De retour à Paris en 1919, il installe un atelier au 26, rue du Départ, qu'il transforme lui-même en composition habitable. Les premières grandes Compositions avec rouge, jaune et bleu datent de 1920-1921. En 1924-1925, il rompt avec Van Doesburg, qui introduit la diagonale dans ses tableaux, ce que Mondrian juge contraire aux principes du mouvement.
Londres et New York
Menacé par la montée du nazisme (ses œuvres figurent dans l'exposition « Art dégénéré » de 1937), Mondrian quitte Paris pour Londres en 1938, puis New York en 1940. La ville, son jazz et son quadrillage de rues lui inspirent une dernière manière : les lignes noires disparaissent au profit de bandes de petits carrés colorés. Broadway Boogie Woogie (1942-1943, MoMA) en est le manifeste. Il meurt d'une pneumonie le 1er février 1944, laissant inachevé Victory Boogie Woogie, toile carrée posée sur la pointe, couverte de rubans adhésifs colorés.
Œuvres clés
| Œuvre | Date | Où la voir |
|---|---|---|
| Avond (L'Arbre rouge) | 1908-1910 | Kunstmuseum Den Haag |
| Arbre gris | 1911 | Kunstmuseum Den Haag |
| Composition avec grand plan rouge, jaune, noir, gris et bleu | 1921 | Kunstmuseum Den Haag |
| Victory Boogie Woogie | 1942-1944 | Kunstmuseum Den Haag |
| Broadway Boogie Woogie | 1942-1943 | MoMA, New York |
| Compositions de la période De Stijl | années 1920 | Stedelijk Museum, Amsterdam ; Kröller-Müller |
Où voir Mondrian aux Pays-Bas
Le Kunstmuseum Den Haag (ancien Gemeentemuseum) à La Haye possède la plus importante collection au monde, près de 300 œuvres qui couvrent toute sa carrière, grâce notamment à son ami collectionneur Salomon Slijper. Victory Boogie Woogie y est exposé depuis son acquisition en 1998. À Amersfoort, le Mondriaanhuis occupe sa maison natale et reconstitue l'atelier parisien de la rue du Départ. À Winterswijk, la Villa Mondriaan, maison où il a vécu enfant, présente ses débuts. Le Stedelijk d'Amsterdam et le Kröller-Müller conservent aussi des toiles majeures.
Héritage
Mondrian a influencé l'architecture (la maison Rietveld Schröder d'Utrecht traduit ses principes dans l'espace), le design, la typographie et la mode : la robe « Mondrian » d'Yves Saint Laurent (1965) a popularisé son vocabulaire. En 2017, les Pays-Bas ont célébré le centenaire de De Stijl (« Mondriaan tot Dutch Design »), occasion d'habiller l'hôtel de ville de La Haye de ses couleurs. Il est avec Van Gogh le peintre néerlandais le plus influent de l'époque moderne. Voir aussi notre page sur le design néerlandais.
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Questions fréquentes
Faut-il écrire Mondrian ou Mondriaan ?
Son nom de naissance est Mondriaan ; il signe « Mondrian » à partir de son installation à Paris vers 1912. Les deux formes sont usitées aux Pays-Bas, la forme française s'impose à l'international.
Où voir le plus de tableaux de Mondrian ?
Au Kunstmuseum Den Haag, qui détient environ 300 œuvres, dont Victory Boogie Woogie. C'est la plus grande collection Mondrian au monde.
Pourquoi Mondrian n'utilisait-il que des lignes droites et trois couleurs ?
Le néoplasticisme cherche à exprimer une harmonie universelle par les moyens les plus élémentaires : l'opposition de l'horizontale et de la verticale, et les trois couleurs primaires équilibrées par le blanc et le noir.
Mondrian peignait-il des paysages ?
Oui, pendant près de vingt ans : moulins, polders, bords de rivière et arbres. Ces œuvres, nombreuses au Kunstmuseum Den Haag, permettent de suivre son évolution vers l'abstraction.