Mentalité et codes sociaux néerlandais
Directs jusqu'à la brusquerie, attachés à leur agenda, égalitaires et économes, mais aussi chaleureux dans l'intimité de la « gezelligheid » : les Néerlandais ont des codes sociaux bien à eux. Les connaître évite bien des malentendus, au travail comme chez l'habitant.
Sommaire
La franchise (directheid)
C'est le trait le plus souvent cité par les étrangers. Un Néerlandais dira sans détour que votre présentation était trop longue, que votre idée ne fonctionnera pas ou que votre coupe de cheveux ne vous va pas. Ce n'est pas de l'impolitesse dans leur esprit : c'est une marque de respect et d'efficacité, qui suppose que l'interlocuteur préfère la vérité à des détours. Le revers est une moindre sensibilité aux formes : les Français, habitués à l'art de la nuance, peuvent s'en sentir froissés, tandis que les Néerlandais trouvent parfois la politesse française ambiguë. Au travail, cette franchise va de pair avec une hiérarchie plate : on tutoie souvent son chef, on peut le contredire en réunion, et les décisions se prennent par consensus (voir modèle des polders).
La gezelligheid
Ce mot réputé intraduisible désigne une atmosphère conviviale, chaleureuse et détendue : un café à la lumière tamisée, une soirée entre amis autour d'un verre, une maison décorée de bougies, mais aussi un marché animé. Gezellig s'emploie à tout propos, pour un lieu, une personne ou un moment. Le contraire, ongezellig, est un reproche sérieux. Les « cafés bruns » (bruine kroegen) d'Amsterdam, aux murs patinés par la fumée, en sont l'incarnation. Voir aussi nos expressions néerlandaises courantes.
« Doe maar normaal, dan doe je al gek genoeg »
« Reste normal, c'est déjà assez fou » : ce dicton résume un égalitarisme profond, hérité selon certains du calvinisme et de la culture marchande. On évite d'étaler sa richesse ; les grandes fortunes roulent volontiers à vélo et l'on se méfie de ceux qui se mettent en avant (« celui qui dépasse du champ fauché se fait couper la tête », dit l'expression boven het maaiveld uitsteken). Le roi lui-même cultive une image accessible (voir Willem-Alexander). Les fenêtres sans rideaux, qui laissent voir l'intérieur des maisons, sont souvent interprétées comme le signe que l'on n'a rien à cacher.
L'agenda roi
Aux Pays-Bas, on ne passe pas chez des amis à l'improviste : on fixe une date, parfois des semaines à l'avance, en sortant son agenda. Les rendez-vous commencent à l'heure et finissent à l'heure. Le dîner se prend tôt, vers 18 h, et un invité d'après-dîner arrivera vers 19 h 30 pour le café. Les enfants ont souvent leur propre agenda de rendez-vous de jeu (speelafspraakjes).
Économie et sens pratique
La réputation d'économie des Néerlandais n'est pas usurpée et ils en rient eux-mêmes. On partage l'addition au centime près (d'où l'expression anglaise « going Dutch »), on demande un remboursement par virement instantané via une « demande de paiement » (Tikkie) le soir même, et l'on sert un seul biscuit avec le café avant de refermer la boîte, une scène devenue légendaire, même si elle se fait plus rare. Le tableau ne serait pas complet sans le sens de la planification et une prédilection pour les solutions pratiques plutôt qu'esthétiques.
Les anniversaires en cercle
Le rituel de l'anniversaire (verjaardag) surprend les étrangers : les invités s'assoient en cercle dans le salon, serrent la main de tout le monde en félicitant non seulement l'intéressé, mais aussi ses proches (« félicitations pour ta mère »), puis on sert café et part de gâteau, avant le passage aux bières, au fromage et aux bitterballen. Le calendrier des anniversaires est souvent accroché… dans les toilettes. Voir aussi traditions et coutumes.
Tolérance et pragmatisme
La célèbre tolérance néerlandaise relève autant du pragmatisme que de la générosité : on laisse chacun vivre à sa guise tant que cela ne dérange personne. Cette approche explique la politique de tolérance envers le cannabis, l'avance du pays sur le mariage homosexuel ou l'euthanasie. Elle n'empêche pas des débats parfois virulents sur l'immigration et l'identité nationale.
Petit guide de savoir-vivre
- Saluer : poignée de main ferme à la première rencontre ; entre proches, trois bises (droite, gauche, droite), même si l'usage recule.
- À vélo : ne marchez jamais sur une piste cyclable, la sonnette ne pardonne pas (voir culture du vélo).
- Au restaurant : le service est compris ; un pourboire de 5 à 10 % est apprécié mais pas obligatoire.
- Chez l'habitant : on retire parfois ses chaussures ; apportez fleurs ou chocolats.
- En réunion : soyez concis, chiffrez vos propositions, attendez-vous à être contredit.
- Langue : la plupart des Néerlandais parlent anglais, mais quelques mots de néerlandais sont toujours appréciés (voir vocabulaire de voyage).
Questions fréquentes
Que veut dire « gezellig » ?
Convivial, chaleureux, agréable : le mot qualifie une ambiance, un lieu ou une personne avec laquelle on passe un bon moment. Il n'a pas d'équivalent exact en français.
Les Néerlandais sont-ils impolis ?
Non, mais ils sont directs : dire franchement ce que l'on pense est considéré comme honnête et respectueux, ce qui peut surprendre les Français.
À quelle heure dîne-t-on aux Pays-Bas ?
Tôt, généralement entre 17 h 30 et 18 h 30. Le déjeuner est souvent un simple sandwich.
Pourquoi les Néerlandais n'ont-ils pas de rideaux ?
Beaucoup y voient un héritage calviniste et égalitaire — on n'a rien à cacher —, mais c'est aussi une question de lumière dans un pays souvent gris.