Le modèle des polders (poldermodel)
Le « modèle des polders » désigne la culture néerlandaise de la concertation entre gouvernement, syndicats et patronat. Symbolisé par l'accord de Wassenaar de 1982, il a permis au pays de sortir de la crise et reste une clé de lecture de la société néerlandaise.
Sommaire
D'où vient l'expression ?
L'image renvoie aux polders, ces terres gagnées sur l'eau qu'il fallait entretenir collectivement : quels que soient leurs différends, les habitants d'un polder devaient coopérer pour pomper l'eau et entretenir les digues, sous peine d'être tous inondés. Les waterschappen, organismes de gestion de l'eau créés dès le Moyen Âge, sont souvent cités comme les ancêtres de cette culture du consensus (voir gestion de l'eau). Le terme de poldermodel lui-même ne s'est imposé que dans les années 1990, quand le « miracle néerlandais » a attiré l'attention internationale.
L'accord de Wassenaar (1982)
Au début des années 1980, les Pays-Bas sont « l'homme malade de l'Europe » : chômage supérieur à 10 %, déficits publics élevés, compétitivité dégradée par la « maladie hollandaise » liée aux revenus du gaz de Groningue. Le nouveau Premier ministre chrétien-démocrate Ruud Lubbers menace d'intervenir sur les salaires si les partenaires sociaux ne s'entendent pas.
Le 24 novembre 1982, dans la maison de Chris van Veen, président de la fédération patronale, à Wassenaar près de La Haye, celui-ci et Wim Kok, président de la confédération syndicale FNV, signent un accord en deux pages :
- les syndicats renoncent à l'indexation automatique des salaires sur les prix et acceptent une modération salariale ;
- en échange, les employeurs s'engagent à une réduction du temps de travail et à favoriser l'emploi, notamment à temps partiel.
Dans les années qui suivent, la compétitivité se redresse et l'emploi progresse fortement, en grande partie grâce au temps partiel féminin. Wim Kok deviendra Premier ministre en 1994 (voir Premiers ministres).
Les institutions de la concertation
| Institution | Création | Rôle |
|---|---|---|
| Fondation du travail (Stichting van de Arbeid) | 1945 | Lieu de dialogue entre syndicats et patronat, sans l'État |
| Conseil économique et social (SER) | 1950 | Organe tripartite : un tiers syndicats, un tiers employeurs, un tiers experts indépendants nommés par la Couronne ; rend des avis au gouvernement |
| Bureau central du plan (CPB) | 1945 | Prévisions économiques et chiffrage indépendant des programmes électoraux |
Le CPB joue un rôle singulier : avant chaque élection, la plupart des partis lui soumettent leur programme pour un chiffrage de ses effets sur le budget, l'emploi et le pouvoir d'achat, ce qui structure le débat public autour de chiffres partagés.
Les grands accords récents
- Accord social de 2013, conclu pour réformer le marché du travail et les allocations chômage.
- Accord sur le climat de 2019 (Klimaatakkoord), négocié à des « tables » sectorielles avec entreprises, ONG et collectivités (voir énergie et transition).
- Accord sur les retraites de 2019, qui a débouché sur la loi « Avenir des retraites » (Wet toekomst pensioenen), entrée en vigueur le 1er juillet 2023, réformant les fonds de pension par capitalisation, parmi les plus importants du monde rapporté au PIB.
Forces et limites
Ses partisans voient dans le modèle des polders la raison de la paix sociale néerlandaise : les grèves y sont rares et les réformes difficiles (âge de la retraite, flexibilité du travail) se négocient plutôt qu'elles ne s'imposent. Il prolonge la logique des gouvernements de coalition (voir système politique) et de la pilarisation, où les élites de chaque « pilier » négociaient entre elles.
Ses critiques lui reprochent sa lenteur, son caractère technocratique et le sentiment d'exclusion qu'il peut créer chez ceux qui ne sont pas autour de la table. La crise de l'azote, qui a vu à partir de 2019 les agriculteurs bloquer les routes avec leurs tracteurs, a montré les limites de la concertation face à des conflits d'intérêts profonds (voir agriculture). Le taux de syndicalisation a aussi fortement baissé, autour de 15 % des salariés, ce qui interroge la représentativité des syndicats, même si les conventions collectives couvrent toujours la grande majorité des travailleurs.
« Polderen » dans la vie quotidienne
Le verbe polderen est passé dans la langue courante : il désigne la recherche patiente d'un compromis en réunion, où chacun a voix au chapitre. Les longues réunions de consensus en entreprise, la hiérarchie plate et la franchise des échanges font partie de ce même univers (voir mentalité néerlandaise).
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le modèle des polders ?
La pratique néerlandaise de concertation entre l'État, les syndicats et le patronat pour élaborer les grandes politiques économiques et sociales par le compromis.
Qu'est-ce que l'accord de Wassenaar ?
Un accord signé le 24 novembre 1982 entre syndicats et patronat : modération salariale contre réduction du temps de travail et création d'emplois. Il est considéré comme l'acte de naissance du modèle des polders.
Le modèle des polders existe-t-il encore ?
Oui, à travers le SER, la Fondation du travail et les grands accords (retraites, climat), même s'il est critiqué pour sa lenteur et a été mis à l'épreuve par la crise agricole.