Les polders des Pays-Bas

Un polder est une terre basse entourée de digues, dont on maîtrise artificiellement le niveau de l’eau. Les Néerlandais en ont créé des milliers depuis le Moyen Âge, jusqu’à fabriquer une province entière, le Flevoland, sur le fond de l’ancien Zuiderzee.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Comment fonctionne un polder ?
  2. Une histoire millénaire
  3. Les polders du Zuiderzee
  4. Visiter les polders
  5. Questions fréquentes

Comment fonctionne un polder ?

Un polder (polder en néerlandais) est une étendue de terre ceinte de digues, à l’intérieur de laquelle le niveau de l’eau est maintenu artificiellement – c’est le peil. Le terrain étant souvent plus bas que les rivières et canaux environnants, l’eau de pluie et les infiltrations ne peuvent pas s’écouler naturellement. Un réseau de fossés collecte l’eau vers des canaux, d’où des pompes – autrefois des moulins – la relèvent vers un canal de ceinture (ringvaart) ou un « bassin de stockage » (boezem) situé plus haut, qui l’évacue vers la mer ou un fleuve.

On distingue trois types de polders : les terres alluviales endiguées le long des côtes et des fleuves, les lacs asséchés (droogmakerijen) et les terres gagnées sur la mer. Le niveau d’eau de chaque polder est fixé par l’office de l’eau compétent (voir gestion de l’eau) et constitue un compromis entre agriculteurs, protecteurs de la nature et riverains : trop bas, la tourbe s’oxyde et le sol s’affaisse ; trop haut, les prairies sont détrempées.

Une histoire millénaire

Des tertres aux premières digues

Avant les digues, les habitants de la Frise et de Groningue vivaient sur des tertres artificiels, les terpen ou wierden, dès le Ve siècle avant notre ère. À partir du XIe siècle, la mise en valeur des tourbières de Hollande et d’Utrecht, drainées par des fossés, entraîne un affaissement du sol qui oblige à endiguer. Les premières digues continues et les offices de l’eau apparaissent aux XIIe et XIIIe siècles.

L’âge des moulins

Au début du XVe siècle apparaissent les moulins de drainage, qui permettent de pomper l’eau hors des terres. Au XVIIe siècle, les capitaux du Siècle d’or financent l’assèchement des grands lacs au nord d’Amsterdam. La Beemster, asséchée de 1607 à 1612 sous la direction de l’ingénieur Jan Adriaenszoon Leeghwater grâce à plusieurs dizaines de moulins, devient un modèle d’aménagement : routes, canaux et parcelles y forment une grille géométrique inspirée des idéaux de la Renaissance. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999. Suivent la Purmer (1622), la Wormer (1626) et la Schermer (1635). Les moulins de Kinderdijk (XVIIIe siècle) témoignent de cet âge d’or du pompage éolien (voir moulins).

La vapeur

Au XIXe siècle, la machine à vapeur rend possible des assèchements jusque-là inimaginables. Le lac de Haarlem (Haarlemmermeer), qui menaçait Amsterdam et Leyde lors des tempêtes, est vidé entre 1849 et 1852 par trois stations de pompage, dont celle de Cruquius, aujourd’hui musée. L’aéroport de Schiphol se trouve sur ce fond de lac. En 1920 est mise en service à Lemmer, en Frise, la station Ir. D.F. Woudagemaal, la plus grande station de pompage à vapeur jamais construite et toujours en état de fonctionner, inscrite à l’UNESCO en 1998.

Les polders du Zuiderzee

Le projet le plus ambitieux est celui de l’ingénieur Cornelis Lely : fermer le Zuiderzee et en assécher une partie. Après la loi de 1918, la digue de l’Afsluitdijk est achevée en 1932 et transforme la mer intérieure en lac d’eau douce, l’IJsselmeer. Quatre polders sont créés :

PolderAsséchéSuperficie approx.À savoir
Wieringermeer193020 000 haInondé par l’armée allemande en avril 1945, reconstruit ensuite
Noordoostpolder194248 000 haEnglobe les anciennes îles d’Urk et de Schokland (UNESCO 1995)
Flevoland oriental195754 000 haVille nouvelle de Lelystad
Flevoland méridional196843 000 haAlmere, réserve des Oostvaardersplassen

Les deux polders du Flevoland, séparés de l’ancienne côte par des lacs de bordure pour préserver les nappes phréatiques, forment depuis 1986 la douzième province, le Flevoland. Un cinquième polder, la Markerwaard, a été étudié pendant des décennies avant d’être abandonné ; le Markermeer est resté un lac. Les villes nouvelles de Lelystad et d’Almere sont nées sur ces terres, à plusieurs mètres sous le niveau de la mer.

Visiter les polders

  • Beemster : à vélo depuis Amsterdam ou Purmerend, pour la grille de routes bordées d’arbres et les fermes à toit pyramidal (stolpboerderijen).
  • Musée Cruquius (Heemstede) : la gigantesque machine à vapeur de 1849 et une maquette du pays sans digues.
  • Woudagemaal (Lemmer) : centre d’accueil et démonstrations ponctuelles de la machine à vapeur.
  • Schokland : une île sans eau, avec son église et son musée, au milieu des champs.
  • Batavialand (Lelystad) : musée de l’histoire des polders et de l’archéologie sous-marine.

Le polder a même donné son nom à une culture politique : le modèle des polders (poldermodel), fondé sur la recherche du consensus entre partenaires sociaux, en souvenir de la nécessité ancestrale de coopérer pour garder les pieds au sec.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre un polder et une digue ?

La digue est l’ouvrage qui protège ; le polder est le territoire protégé, entouré de digues, dont le niveau d’eau est réglé par pompage.

Combien y a-t-il de polders aux Pays-Bas ?

Plusieurs milliers, de taille très variable, du petit polder de quelques hectares au Flevoland oriental de 54 000 ha. Le nombre exact dépend de la définition retenue, car beaucoup ont été regroupés administrativement.

Les polders peuvent-ils être inondés ?

Oui, en cas de rupture de digue, comme en 1953 en Zélande. C’est pourquoi les digues sont soumises à des normes de sécurité très strictes et contrôlées en permanence.

Quel est le plus célèbre polder ?

La Beemster, premier polder classé à l’UNESCO, et le Flevoland, devenu une province entière.