Le Suriname : de la colonie à l'indépendance
Échangé contre New York en 1667, le Suriname fut une colonie de plantations esclavagistes avant de devenir indépendant en 1975. Un tiers de sa population vit aujourd'hui aux Pays-Bas, où l'héritage surinamais imprègne la langue, la cuisine et le football.
Sommaire
Une colonie de plantations (1667-1863)
La côte des Guyanes attire Anglais et Néerlandais dès le début du XVIIe siècle. En 1650, des colons venus de la Barbade fondent une colonie anglaise sur le fleuve Suriname. En février 1667, pendant la deuxième guerre anglo-néerlandaise, une flotte zélandaise commandée par Abraham Crijnssen s'en empare. La paix de Breda (juillet 1667) entérine le statu quo : les Pays-Bas gardent le Suriname, l'Angleterre conserve la Nouvelle-Amsterdam, future New York. Au XVIIe siècle, l'échange paraît avantageux : le sucre rapporte bien plus que les fourrures.
À partir de 1683, la colonie est gérée par la Société du Suriname, détenue à parts égales par la WIC, la ville d'Amsterdam et la famille Van Aerssen van Sommelsdijck. Plusieurs centaines de plantations s'alignent le long des fleuves Suriname, Commewijne et Cottica : sucre, café, cacao, coton. Elles reposent sur le travail de personnes réduites en esclavage, déportées d'Afrique de l'Ouest. Une communauté juive séfarade, installée à Jodensavanne, possède aussi des plantations ; les ruines de sa synagogue (1685) sont l'un des sites historiques majeurs du pays.
Le régime esclavagiste du Suriname est réputé pour sa brutalité. Des milliers de personnes s'enfuient dans la forêt et fondent des communautés libres, les Marrons (Saramaka, Ndyuka, Matawai…), avec lesquelles les autorités coloniales doivent signer des traités de paix dès les années 1760. Voir notre page sur l'esclavage et Keti Koti.
Abolition et nouvelles migrations (1863-1954)
L'esclavage est aboli le 1er juillet 1863, tardivement par rapport au Royaume-Uni (1834) et à la France (1848). Les propriétaires sont indemnisés ; les quelque 33 000 personnes libérées au Suriname doivent encore travailler dix ans sous « supervision de l'État », jusqu'en 1873.
Pour remplacer cette main-d'œuvre, les Pays-Bas recrutent des travailleurs sous contrat : environ 34 000 Hindoustanis venus d'Inde britannique à partir de 1873 (le Lalla Rookh accoste le 5 juin 1873), puis près de 33 000 Javanais des Indes néerlandaises à partir de 1890, ainsi que des Chinois. Cette histoire explique l'extraordinaire diversité de la population actuelle : Hindoustanis, Créoles, Marrons, Javanais, peuples autochtones, Chinois, métis. Au XXe siècle, la bauxite, exploitée par une filiale d'Alcoa à Moengo à partir des années 1920, devient la principale ressource.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Suriname fournit une grande partie de la bauxite utilisée par l'industrie aéronautique alliée. Anton de Kom, militant anticolonial auteur de Nous, esclaves du Suriname (1934), meurt en 1945 dans un camp de concentration allemand pour ses activités de résistance aux Pays-Bas.
Autonomie et indépendance (1954-1975)
Le Statut du Royaume de 1954 fait du Suriname un pays autonome au sein du Royaume des Pays-Bas, aux côtés des Antilles néerlandaises. Sous le gouvernement de Henck Arron, et avec l'accord d'un gouvernement néerlandais (cabinet Den Uyl) désireux de tourner la page coloniale, l'indépendance est proclamée le 25 novembre 1975, en présence de la princesse Beatrix. Johan Ferrier devient le premier président. Les Pays-Bas s'engagent à verser 3,5 milliards de florins d'aide au développement.
La grande migration vers les Pays-Bas
La crainte de l'instabilité et des tensions interethniques pousse des dizaines de milliers de Surinamais à partir avant que la nationalité néerlandaise ne soit perdue : en quelques années autour de 1975, environ un tiers de la population s'installe aux Pays-Bas, notamment dans le quartier du Bijlmer à Amsterdam, à Rotterdam et à La Haye. La communauté d'origine surinamaise compte aujourd'hui plus de 350 000 personnes (voir immigration et diversité).
Les années Bouterse et les relations difficiles
| Date | Événement |
|---|---|
| 25 février 1980 | Coup d'État des sergents, mené par Desi Bouterse |
| 8 décembre 1982 | « Meurtres de décembre » : quinze opposants exécutés au fort Zeelandia ; les Pays-Bas suspendent leur aide |
| 1986-1992 | Guerre de l'intérieur contre le Jungle Commando ; massacre de Moiwana (29 novembre 1986) |
| 1987-1991 | Retour progressif à un régime civil |
| 1999 | Bouterse condamné par contumace aux Pays-Bas pour trafic de drogue |
| 2010-2020 | Bouterse président élu |
| 2023 | Condamnation définitive à 20 ans pour les meurtres de décembre ; Bouterse se soustrait à la peine |
| 24 décembre 2024 | Mort de Bouterse |
Les relations bilatérales, longtemps glaciales, se réchauffent sous la présidence de Chan Santokhi (2020-2025), puis de Jennifer Geerlings-Simons, élue en juillet 2025. Le roi Willem-Alexander et la reine Máxima effectuent du 1er au 3 décembre 2025 une visite d'État au Suriname, la première d'un chef d'État néerlandais depuis 1978 (mise à jour : octobre 2026).
L'héritage surinamais aux Pays-Bas
- La langue : le néerlandais reste la langue officielle du Suriname, membre de l'Union de la langue néerlandaise. Le sranan tongo a donné au néerlandais des jeunes des mots comme mattie (ami) ou fissa (fête).
- La cuisine : roti, pom, bara et broodje pom sont des classiques néerlandais (voir cuisine surinamaise).
- Le football : Ruud Gullit, Frank Rijkaard, Clarence Seedorf, Edgar Davids ou Virgil van Dijk ont des racines surinamaises (voir joueurs binationaux).
- La culture : le festival Kwaku à Amsterdam-Zuidoost, la commémoration Keti Koti le 1er juillet et le Suriname Museum ouvert à Amsterdam en novembre 2025, pour les cinquante ans de l'indépendance.
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Questions fréquentes
Le Suriname a-t-il vraiment été échangé contre New York ?
Oui, au sens où la paix de Breda (1667) a confirmé que chaque partie gardait ses conquêtes : les Néerlandais le Suriname, pris en février 1667, les Anglais la Nouvelle-Amsterdam, prise en 1664. Il ne s'agit pas d'un échange formel négocié, mais le résultat est le même.
Pourquoi parle-t-on néerlandais au Suriname ?
Héritage de trois siècles de colonisation, le néerlandais est la langue de l'administration, de l'école et des médias. C'est le seul pays d'Amérique du Sud dont c'est la langue officielle.
Combien de Surinamais vivent aux Pays-Bas ?
Plus de 350 000 personnes d'origine surinamaise, selon les statistiques néerlandaises (CBS), soit l'une des quatre grandes communautés issues de l'immigration avec les communautés turque, marocaine et indonésienne.
Qui était Anton de Kom ?
Un écrivain et militant anticolonial surinamais (1898-1945), auteur de Wij slaven van Suriname (1934), réquisitoire contre l'esclavage et le colonialisme. Résistant aux Pays-Bas pendant l'occupation, il meurt en déportation en 1945. L'université de Paramaribo porte son nom.