Joueurs binationaux : le choix de la sélection

Des centaines de footballeurs formés aux Pays-Bas pourraient représenter un autre pays : le Maroc, le Suriname, la Turquie, Curaçao ou l'Indonésie. Certains ont choisi Oranje, d'autres la terre de leurs parents. Tour d'horizon des grands choix et des règles de la FIFA.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 5 min de lecture

Sommaire
  1. Un vivier multiculturel
  2. Les règles de la FIFA
  3. Le Maroc, premier concurrent d'Oranje
  4. Le Suriname et la règle du « passeport sportif »
  5. Curaçao et Aruba : les pays du Royaume
  6. La Turquie et l'Indonésie
  7. Ceux qui ont choisi Oranje
  8. Questions fréquentes

Un vivier multiculturel

Les Pays-Bas comptent d'importantes communautés issues de l'ancien empire colonial — Suriname, Antilles néerlandaises, Indes néerlandaises (Indonésie, Moluques) — et de l'immigration de travail des années 1960-1970, principalement marocaine et turque (voir immigration et diversité). Leurs enfants, nés et formés aux Pays-Bas, alimentent les meilleurs centres de formation du pays. Beaucoup possèdent ou peuvent obtenir une seconde nationalité, et donc le droit de jouer pour une autre fédération.

Pendant des décennies, ce vivier a surtout profité à Oranje : la génération d'origine surinamaise de Ruud Gullit, Frank Rijkaard, Edgar Davids, Clarence Seedorf et Patrick Kluivert a façonné l'équipe des années 1980-2000, et elle a aujourd'hui pour héritiers Virgil van Dijk, Denzel Dumfries, Ryan Gravenberch ou Xavi Simons. Depuis les années 2000, la concurrence s'est toutefois renforcée.

Les règles de la FIFA

Le principe est fixé par le règlement d'application des statuts de la FIFA : un joueur titulaire de plusieurs nationalités peut jouer pour l'une ou l'autre, mais il ne peut changer de fédération qu'une seule fois.

PériodeCe qui « liait » un joueur à une sélection
Jusqu'en septembre 2020Un seul match officiel en équipe A (éliminatoires, phase finale, Ligue des nations…). Les matchs amicaux et les sélections de jeunes ne liaient pas.
Depuis septembre 2020Un changement reste possible si le joueur a disputé au plus trois matchs officiels en A, tous avant ses 21 ans, aucun en phase finale de Coupe du monde ou de championnat continental, et si trois ans se sont écoulés depuis le dernier.

Les sélections de jeunes (moins de 17, 19 ou 21 ans) ne ferment donc jamais la porte. C'est ce qui permet à des internationaux espoirs néerlandais de rejoindre le Maroc ou Curaçao des années plus tard. La demande est examinée par la commission du statut du joueur de la FIFA, comme pour Anass Salah-Eddine, dont le passage au Maroc a été validé le 21 octobre 2025.

Le Maroc, premier concurrent d'Oranje

Avec une communauté de plusieurs centaines de milliers de personnes (voir les Marocains aux Pays-Bas), le Maroc est devenu la destination la plus fréquente des talents néerlandais binationaux.

JoueurNé àParcours néerlandaisAvec le Maroc
Mbark BoussoufaAmsterdam (1984)Formé à l'Ajax70 sélections (2006-2019)
Karim El AhmadiEnschede (1985)FC Twente, Feyenoord66 sélections (2008-2019)
Nordin AmrabatNaarden (1987)Espoirs néerlandais, PSV64 sélections (2011-2019)
Hakim ZiyechDronten (1993)Moins de 20 et 21 ans, Heerenveen, Twente, Ajax64 sélections, 25 buts (2015-2024)
Sofyan AmrabatHuizen (1996)Moins de 15 ans néerlandais, Utrecht, FeyenoordPlus de 75 sélections depuis 2017
Noussair MazraouiLeiderdorp (1997)Formé à l'AjaxPlus de 45 sélections depuis 2018
Anass Salah-EddineAmsterdam (2002)Toutes les sélections de jeunes jusqu'aux espoirs (2023-2025)Depuis 2025

Ziyech et Mazraoui, formés ou révélés à l'Ajax, et Sofyan Amrabat, passé par le FC Utrecht et Feyenoord, ont été les piliers de l'épopée marocaine jusqu'en demi-finale de la Coupe du monde 2022. À l'inverse, Ibrahim Afellay, Khalid Boulahrouz ou Anwar El Ghazi, tous d'origine marocaine, ont choisi les Pays-Bas.

Le 29 juin 2026, le choix des binationaux a pesé directement sur Oranje : en seizième de finale de la Coupe du monde à Kansas City, le Maroc de Mazraoui, Amrabat et Salah-Eddine a éliminé les Pays-Bas aux tirs au but (1-1, 2-3 aux tirs au but), Ismael Saibari, joueur du PSV, marquant le tir décisif (voir Pays-Bas – Maroc et Coupe du monde 2026).

Le Suriname et la règle du « passeport sportif »

Ancienne colonie devenue indépendante en 1975 (voir l'histoire du Suriname), le Suriname n'autorise pas la double nationalité. Les joueurs d'origine surinamaise devenus néerlandais — l'immense majorité — ne pouvaient donc pas porter le maillot de la « Natio ». En novembre 2019, un « passeport sportif » a été créé pour permettre aux sportifs de la diaspora de représenter le pays sans renoncer à leur nationalité néerlandaise.

L'effet a été immédiat : qualification pour la Gold Cup 2021, première participation à une compétition continentale depuis 1985, avec des joueurs formés aux Pays-Bas comme Ryan Donk (Amsterdam, ancien espoir néerlandais), Kelvin Leerdam ou Sheraldo Becker. Lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, le Suriname a longtemps occupé la première place de son groupe avant d'être doublé par le Panama lors de la dernière journée ; qualifié pour les barrages intercontinentaux, il s'est incliné contre la Bolivie (2-1) en mars 2026.

Curaçao et Aruba : les pays du Royaume

Curaçao, pays constitutif du Royaume des Pays-Bas, a sa propre fédération affiliée à la FIFA. Sa sélection, composée en grande partie de joueurs nés ou formés aux Pays-Bas (le gardien Eloy Room, né à Nimègue, les frères Leandro et Juninho Bacuna, Tahith Chong, ancien espoir néerlandais autorisé à changer en août 2025), s'est qualifiée pour la Coupe du monde 2026 sous la direction de Dick Advocaat. C'était alors le plus petit pays jamais qualifié pour un Mondial. À l'inverse, Denzel Dumfries a disputé deux matchs amicaux avec Aruba en 2014 avant de choisir Oranje.

La Turquie et l'Indonésie

Orkun Kökçü, né à Haarlem et ancien capitaine de Feyenoord, a joué pour les Pays-Bas chez les jeunes avant d'annoncer en 2019 son choix pour la Turquie. Ferdi Kadıoğlu, né à Arnhem, formé au NEC et international espoir néerlandais, a suivi le même chemin en 2022. Tous deux ont affronté Oranje en quart de finale de l'Euro 2024 (victoire néerlandaise 2-1, voir Pays-Bas – Turquie) et figuraient dans le groupe turc de la Coupe du monde 2026.

Depuis 2024, l'Indonésie naturalise de nombreux joueurs nés aux Pays-Bas ayant des ancêtres indonésiens ou moluquois (Jay Idzes, Thom Haye, Calvin Verdonk, Eliano Reijnders…), une démarche accélérée par la nomination de Patrick Kluivert comme sélectionneur en 2025. Tijjani Reijnders, frère d'Eliano, a choisi les Pays-Bas (voir aussi Indes néerlandaises et décolonisation).

Ceux qui ont choisi Oranje

Le mouvement inverse existe : des joueurs nés à l'étranger ou éligibles ailleurs ont opté pour les Pays-Bas. Seedorf et Davids sont nés à Paramaribo ; Memphis Depay (père ghanéen) et Cody Gakpo (père togolais) auraient pu représenter le Ghana ou le Togo ; Giovanni van Bronckhorst et Tijjani Reijnders ont des racines moluquoises. La KNVB mène depuis plusieurs années une politique active de suivi des binationaux dès les sélections de jeunes.

Questions fréquentes

Pourquoi Hakim Ziyech joue-t-il pour le Maroc et pas pour les Pays-Bas ?

Né à Dronten de parents marocains, il a joué pour les espoirs néerlandais, puis a choisi en 2015 la sélection du pays de ses parents, avec laquelle il a disputé deux Coupes du monde (2018, 2022).

Un joueur peut-il changer de sélection après avoir joué pour les Pays-Bas ?

Oui, une seule fois, s'il a joué au plus trois matchs officiels en équipe A, tous avant 21 ans et hors phase finale, et si trois ans se sont écoulés depuis le dernier. Les sélections de jeunes et, avant 2020, les matchs amicaux ne comptaient pas.

Pourquoi les joueurs d'origine surinamaise ne jouaient-ils pas pour le Suriname ?

Parce que le Suriname interdit la double nationalité. Depuis novembre 2019, un passeport sportif permet aux joueurs de la diaspora néerlandaise de représenter le pays.

Quels joueurs nés aux Pays-Bas jouent pour le Maroc ?

Parmi les plus connus : Hakim Ziyech, Noussair Mazraoui, Sofyan Amrabat, Nordin Amrabat, Mbark Boussoufa, Karim El Ahmadi et, depuis 2025, Anass Salah-Eddine.