Les mots français d'origine néerlandaise
Le français a emprunté au néerlandais plusieurs centaines de mots, surtout dans la marine, la gestion de l'eau, le commerce et la vie quotidienne de Flandre. Bâbord, matelot, digue, kermesse ou espiègle : tour d'horizon d'un héritage souvent insoupçonné.
Sommaire
Pourquoi tant d'emprunts ?
Deux contextes historiques expliquent l'essentiel des emprunts. Au Moyen Âge, la Flandre est l'une des régions les plus riches d'Europe, en contact permanent avec la France : draperie, foires, ports (Bruges, Gand). Puis, au XVIIe siècle, la République des Provinces-Unies devient la première puissance maritime et commerciale du monde (voir le Siècle d'or) : son vocabulaire nautique se diffuse dans toutes les langues d'Europe, y compris en anglais et en russe — Pierre le Grand vint d'ailleurs apprendre la construction navale à Zaandam et à Amsterdam en 1697. Les savoir-faire néerlandais en matière d'endiguement, d'assèchement et de drainage ont enfin apporté leurs termes techniques.
La mer et la marine
| Mot français | Origine néerlandaise | Sens d'origine |
|---|---|---|
| bâbord | bakboord | « bord du dos » : le barreur, tenant le gouvernail à droite, tournait le dos à ce côté |
| tribord | stuurboord | « bord du gouvernail » |
| matelot | moyen néerlandais mattenoot | « compagnon de natte », qui partage le couchage |
| amarrer | aanmarren / marren | attacher un bateau |
| affaler | afhalen | tirer vers le bas (un cordage, une voile) |
| cambuse | kombuis | cuisine du navire |
| lest | last | charge |
| yacht | jacht | navire rapide (« de chasse »), passé par l'anglais |
| vrac (en vrac) | wrac | marchandise (hareng) de mauvaise qualité, non triée |
| cabillaud | kabeljauw | morue fraîche |
L'eau, les terres et la ville
| Mot français | Origine néerlandaise | Remarque |
|---|---|---|
| digue | dijk | emprunt du moyen néerlandais, XIVe siècle |
| polder | polder | terre gagnée sur l'eau et entourée de digues (voir les polders) |
| dune | moyen néerlandais dune | voir côtes et dunes |
| boulevard | bolwerk | rempart ; les boulevards parisiens ont remplacé d'anciennes fortifications |
| blocus | blokhuis | fortin servant à bloquer un passage |
| brique | moyen néerlandais bricke | matériau-roi de l'architecture des Pays-Bas |
| échoppe | moyen néerlandais schoppe | petite boutique adossée |
| bourgmestre | burgemeester | maire, en Belgique et aux Pays-Bas |
| stathouder | stadhouder | « lieutenant », titre des princes d'Orange sous la République |
Vie quotidienne, fêtes et caractère
| Mot français | Origine néerlandaise | Sens d'origine |
|---|---|---|
| kermesse | kerkmis | « messe d'église » : fête de la dédicace de la paroisse |
| mannequin | manneken | « petit homme », figurine |
| bouquin | boekijn | « petit livre » |
| vacarme | wach arme | « hélas, pauvre (de moi) », cri de lamentation |
| drôle | moyen néerlandais drol | lutin, petit bonhomme |
| espiègle | Uilenspiegel | Till l'Espiègle, farceur des récits populaires allemands et flamands |
| frelater | verlaten | transvaser (le vin), d'où falsifier |
| colza | koolzaad | « graine de chou » |
| bloc | blok | tronc, billot |
| pompe | pomp | appareil de pompage des navires |
Certains mots sont restés propres au français de Belgique ou du Nord de la France : kot (chambre d'étudiant), drache (averse, de draschen) ou dringuelle (pourboire, de drinkgeld). Pour la tradition des fêtes, voir traditions et coutumes.
Et dans l'autre sens
Les emprunts du néerlandais au français sont bien plus nombreux encore : la cour de Bourgogne (voir Pays-Bas bourguignons), puis le prestige du français dans les élites du XVIIe au XIXe siècle et la période napoléonienne (voir royaume de Hollande) ont laissé des milliers de mots. Un francophone reconnaît sans peine :
| Néerlandais | Prononciation approximative | Français |
|---|---|---|
| trottoir | tro-twar | trottoir |
| paraplu | pa-ra-plu | parapluie |
| cadeau | ka-dô | cadeau |
| bureau | bu-rô | bureau |
| plafond | pla-fonne | plafond |
| jus d'orange | ju do-ran-jeu | jus d'orange |
| chauffeur | cho-feur | chauffeur |
| enquête | an-kèt | sondage, questionnaire |
| tante | tan-teu | tante |
Ce vocabulaire commun facilite l'apprentissage pour un francophone (voir apprendre le néerlandais), avec quelques faux amis : raar signifie « bizarre » et non « rare », slim veut dire « intelligent » et non « mince », et kast désigne une armoire.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on bâbord et tribord ?
Ces mots viennent du néerlandais bakboord et stuurboord. Sur les anciens navires, le gouvernail (stuur) était placé à droite ; le barreur tournait donc le dos (bak) au côté gauche. L'anglais a gardé starboard du même mot germanique.
« Boulevard » vient-il vraiment du néerlandais ?
Oui, du moyen néerlandais bolwerc, « ouvrage de madriers », c'est-à-dire un rempart. Les grands boulevards de Paris ont été tracés à l'emplacement d'anciennes enceintes, d'où le glissement de sens vers « large avenue ».
Le mot « hollandais » est-il passé en français ?
Il désigne les habitants de la Hollande et, par extension, les Néerlandais — un raccourci discuté dans notre page Pays-Bas ou Hollande ?. On le retrouve dans la « sauce hollandaise », une recette française que les Néerlandais n'appellent pas ainsi.